Il était une fois, dans la montagne une petite chaumière qui abritait une grand-mère et ses deux petits enfants, un garçon et une fille. Un jour, la grand-mère s’en alla travailler chez un riche voisin et reçue, en récompense quelques gâteaux de riz. En pensant à ses petits enfants qui devaient avoir faim, elle se dépêcha de rentrer, transportant les gâteaux dans un panier sur sa tête. Au détour d’un chemin, elle se trouva nez-à-nez avec un tigre qui lui demanda sans ambages :

- Grand-mère, que transportes-tu sur la tête ?

- Quelques gâteaux de riz pour mes petits enfants, répondit la grand-mère.

- Si tu m’en donne un, je ne te ferais pas de mal, rugit le tigre.

La grand-mère lui donna donc un gâteau puis reprit son chemin. Franchissant une colline, elle se retrouva à nouveau face au tigre, qui l’avait devancé, sans toutefois le reconnaître.

- Que transportes-tu sur la tête ? gronda-t-il.

- Quelques gâteaux de riz pour mes petits enfants, répondit à nouveau la grand-mère.

- Si tu m’en donne un, je ne te mangerais pas.

Un autre gâteau de riz disparu dans le ventre de l’animal. Et il en fut ainsi jusqu’à ce que le panier fût vide. La grand-mère se retrouve une nouvelle fois devant le tigre qui demanda :

- Grand-mère, qu’est-ce que tu as de chaque côté qui pend ?

- Je n’ai rien d’autre que mes pauvres bras.

- Donne-m’en un et je t’épargnerais.

La grand-mère du donc abandonner son bras gauche au tigre, puis son bras droit. Puis, au détour d’un petit bois, le tigre qui l’attendait lui pose encore la même question :

- Grand-mère, qu’elles sont ces choses qui bougent sous toi ?

- Ah, ce ne sont que mes pauvres jambes. Tes amis m’ont pris tout le reste.

- Donne-m’en une et je te laisse la vie sauve.

- Mais comment pourrais-je rentrer chez moi avec une seule jambe ?

- Tu n’auras qu’à sautiller.

La grand-mère accepta à contrecœur de lui céder sa jambe droite, puis se remit en route péniblement. Au haut de la colline suivante, le tigre bondit devant la pauvre femme en rugissant :

- Avec quoi sautes-tu ?

- Avec ma pauvre jambe gauche.

- Donne-la-moi ou je te dévore ! menaça l’animal sans merci.

- Comment oses-tu me réclamer la seule jambe qui me reste ? rétorqua la vieille femme. Je ne pourrais jamais retourner chez moi ni revoir mes petits enfants.

- Tu pourrais toujours avancer en rampant.

Et cela dit, le tigre avala la jambe de la grand-mère. Néanmoins, elle poursuivit son chemin en rampant. Arrivée au pied de la dernière colline, l’insatiable animal l’y attendait déjà.

- Grand-mère ! rugit-il, qu’as-tu donc à m’offrir en échange de ta vie sauve ?

- Je n’ai rien du tout à t’offrir ! cria la vieille grand-mère, désespérée.

tigreD’un bond, le tigre fut sur elle et avala ce qu’il en restait. Mais son appétit et sa convoitise étaient telles qu’il ne put se contenter de ce seul repas. Sachant que les deux petits enfants de la grand-mère l’attendaient, il se déguisa avec les vêtements de sa malheureuse victime, puis suivi le chemin jusqu’à la chaumière. Arrivé devant la maisonnette, il frappa la porte :

- Ouvrez-moi, les enfants ! Votre grand-mère est de retour.

Les enfants, se souvenant des paroles de leur grand-mère à propos des dangereux tigres, verrouillèrent la porte et répondirent :

- Non, ce n’est pas la voix de notre grand-mère.

- C’est parce que j’ai fait sécher de l’orge toute la journée et que j’ai passé mon temps à crier après les oiseaux pour les faire fuir que j’ai la voix un peu rauque, rugit l’animal rusé.

- Alors grand-mère, passe ta main sous la porte pour qu’on sache que c’est bien toi.

Ils virent la patte poilue et s’écrièrent :

- Mais ta main est toute couverte de poils !

- J’ai eu froid alors j’ai enfilé une paire de gants.

L’aîné eu l’idée de regarder dehors par un petit trou dans la porte et vit alors qui souhaitait si ardemment rentrez chez eux. Effrayé, et pris sa sœur par la main et tous deux s’enfuirent par la porte de derrière. Pour se mettre à l’abri, ils grimpèrent à un arbre qui se dressait à côté du puits de leur jardin. 

Au bout d’un long silence, le tigre perdit patience et fracassa la porte. Trouvant la pièce vide, il laissa échapper de féroces rugissements de colère et saccagea toute la maison. Il arriva finalement près du puits dans lequel il remarqua soudain le reflet des deux enfants. Il ne put s’empêcher de sourire.

- Alors mes petits, dois-je vous remonter à l’aide d’un panier ou d’un sceau ?

Devant la crédulité du tigre, les enfants ne purent s’empêcher d’éclater de rire. Le tigre leva la tête et hurla :

- Dites-moi les enfants, comment êtes-vous montés si haut ?

- Nous avons emprunté de l’huile de sésame à notre voisin et l’avons étalé sur le tronc pour grimper plus facilement, répondirent-ils.

Le tigre eu beau faire, l’huile ne rendit que le tronc glissant. Il se tourna à nouveau vers ses deux proies :

- Mes trésors, vous êtes formidables d’avoir réussi à grimper dans cet arbre sans l’aide de personne. C’est un exploit tout à fait extraordinaire.

Les enfants, flattés, tomèrent dans le piège et répondirent :

- Nous avons emprunté la hache de notre voisin et taillé des marches dans le tronc pour monter plus facilement.

Le tigre saisit la hache et se mit à tailler le tronc. Horrifiés, les enfants se tournèrent alors vers le ciel et prièrent de toute leur force :

- Oh Dieu du ciel, aidez-nous ! Si vous souhaitez nous sauver, envoyez-nous une chaîne solide. Si vous souhaitez nous abandonner, alors envoyez-nous une corde pourrie.

Une longue chaîne apparue soudain au dessus d’eux. Ils s’y accrochèrent et disparurent dans les cieux. Le tigre arrive à son tour au sommet de l’arbre et se dit que s’il priait de la même façon qu’il venait d’entendre les enfants prier, le Dieu du ciel allait certainement lui envoyer une corde pourrie. Telle fut donc sa prière :

- Oh Dieu du ciel, si vous souhaitez m’aider, envoyez-moi une corde pourrie. Si vous souhaitez m’abandonner, envoyez-moi une solide chaîne.

Sa prière fut entendue et une corde toute abimée apparue soudain au dessus du tigre. Ce dernier s’y accrocha mais la corde se rompit et le tigre s’écrasa dans un champ de mil. Jusqu’à ce jour, on raconte que le millet porte encore les tâches de sang du tigre.

Lorsque les enfants arrivèrent dans les cieux, ils se présentèrent devant le Dieu céleste qui leur apprit que tous ici avaient une tâche bien précise et qu’eux aussi devraient assumer une responsabilité. Il décida que le grand frère devait briller toute la journée pour éclairer le monde, tandis que sa sœur deviendrait l’astre de la nuit