welcome1Un papillon au présage mystérieux, une jeune fille en fleurs au regard franc et ensoleillé, quelques lanternes aux sourires bienveillants… sous les airs d’un conte féérique, ce récit se déroule pourtant durant la très réelle guerre fratricide qui a déchiré le peuple coréen pendant près de 3 ans. Un petit village perdu dans les montagnes, où le temps semble s’être figé au siècle précédent, accueille soudain quelques soldats sud-coréens égarés, un pilote américain dont l’avion s’est écrasé, ainsi qu’un trio de communistes nord-coréens aux idées bien arrêtés. Ou, comment apprendre à surmonter ses préjugés, mettre de côté son orgueil et oublier toute propagande nationaliste pour se consacrer à des choses hautement plus graves, telles que la récolte de pommes de terre ou la chasse au sanglier sauvage (l’occasion d’une scène d’un burlesque digne d’accéder au panthéon des plus grandes parodies.) Car le film joue sur tous les tableaux : humour, romance, politique et tragédie sans pour autant tomber dans un pastiche incohérent, et cela grâce à son ambition naïve et très « myazakienne » de vouloir créer un univers alternatif à notre réalité, tout en adressant les sujets auxquels tout humaniste tient à cœur.

Loin d’être vains, ces efforts louables nous conduisent naturellement à la réflexion suivante : tous les conflits mondiaux ne sont que le reflet des batailles que l’homme livre tous les jours en son fort intérieur. Avide d’identité, il se lie à un hymne, un drapeau, une cause… mais une fois tombés les uniformes, seul compte le bien-être de cette communauté qui pourvoit aux besoins de tous grâce à la contribution de chacun (et non pas à la mesure de ce que chacun peut produire), créant ainsi un équilibre plus solide que n’importe quelle doctrine car profondément juste et équitable. Quoi de plus naturel que de vouloir désormais préserver cet équilibre, même au prix de sa propre existence ? Ainsi l’innocence sera-t-elle une nouvelle fois sacrifiée sur l’autel d’une cause depuis longtemps oubliée des politiques.

Mais je dramatise. Dans Welcome to Dongmakgol (qui n'est pas une traduction mais bien le titre d'origine), les fous rires abondent, suivis de près par quelques instants de grâce et de poésie. Et l’on est scié d’apprendre que ce grand succès commercial en Corée a coiffé au poteau plus d’un blockbuster (King Kong et Harry Potter, pour ne citer qu’eux.) Mais c’est tout mérité.

Welcome to Dongmakgol (2005)
133 minutes, 35mm
Réalisé par Park Kwang-Hyun
Avec Jung Jae-Young, Shin Ha-Kyun, Kang Hye-Jeong, David Joseph Anselmo
B.O.F. : Joe Hisaishi

Ajout du 28/06/2006 : Le film sera diffusé les 8 et 9 juillet prochains à Paris en présence du réalisateur, dans le cadre de la restrospective Nouveaux cinémas coréens organisée par Paris Cinéma. Dédicace prévue le dimanche 9 juillet. [ Plus d'info ]