poster02Le KOFIC ayant rendu sa décision la semaine dernière, il ne nous reste plus qu’à patienter jusqu'au 23 janvier prochain – date de l’annonce officielle des films nominés pour la 79ème cérémonie des Oscars – pour savoir si The King and the Clown de LEE Joon Ik aura été retenu dans la catégorie Film Etranger. En attendant, retour sur ce film évènement qui, lors de sa sortie le 28 décembre 2005, a séduit près de 12 millions de spectateurs en seulement deux mois.

L’intrigue a pour toile de fond le règne mouvementé du roi Yeonsan (1476-1506), dixième monarque de la dynastie Joseon et auteur des deux premières purges de savants et érudits confucéens (en 1498 et 1502). Son despotisme, ses décrets obscurantistes et la violence de son tempérament, capricieux et grossier, le cristallisèrent dans l’histoire comme le pire des souverains ayant régné sur le royaume. Les annales de la dynastie, rédigées de façon impartiale par les historiographes de l’époque, se font cependant l’écho de son entichement pour l’un des baladins de sa cour. Cette prémisse inspira une pièce de théâtre, Yi, mettant en scène le roi Yeonsan, sa maîtresse Chang Nok Su et son bouffon favori, Gong Gil. Porté à l’écran, ce trio s’en est trouvé quelque peu bouleversé.

Le gracieux Gong Gil, comédien funambule dans une troupe de province, et dont les charmes king_clown02ne laissent pas insensibles les hôtes de leur spectacle, se voit souvent contraint de céder à leurs licencieuses avances, provoquant un jour la colère de son ami Jang Seng qui s’interpose. Un meurtre est commis et c’est la fuite irréfléchie. Cette échappée de la délivrance les mène à la capitale, où ils ont tôt fait se faire enrôler dans une nouvelle troupe. Parodier frondeur, Jang Seng se lance dans une mise en scène paillarde de la cour, personnifiant jusqu’au roi. Bien qu’au goût du public, connaisseur en matière de frasques royales, il déplaît aux officiels, prompts à les emprisonner et à les condamner. Jang Seng leur fait alors une proposition, le pari de la dernière chance mettant en jeu leur propre vie. Que le roi lui-même soit juge de leur spectacle. S’il lui déplaît, il pourra disposer de leur existence. Si en revanche, la pièce est à son goût… Et elle le sera, tout comme le jeune Gong Gil, dont les charmes ne passent pas inaperçus, même affublé d’un accoutrement grotesque. Le voici donc « invité » dans les appartements royaux, au grand dam de Jang Seng.

king_clown08Otages des humeurs d’un souverain sensible à leur divertissement tout autant qu’aux dénonciations implicites des pièces qu’on leur impose, nos ménestrels deviennent instruments de représailles et se retrouvent bien malgré eux au milieu d’une tourmente politique sans précédent, causant à leur insu l’exécution de conseillers royaux dissidents, ainsi que de certains membres de la famille royale, soupçonnés d’avoir empoisonné la mère biologique du monarque dément. Reléguée au second plan, la jalouse concubine, impuissante à maîtriser les élans de son volage souverain, s’emploie à de viles combines pour assouvir sa vengeance et causer la perte de son rival.

Riche en couleurs qui sont autant de nuances dans la palette des sentiments mis en scène, allant de la luxure à l’amitié, en passant par l’amour, cette fresque semi-historique évoque le destin parfois clément mais souvent cruel de ces comédiens itinérants qui, prisonniers de ce palais impitoyable, ne s’appartiennent plus. Marionnettes burlesques ou caricatures cinglantes, ils savent le prix de la liberté, ces danseurs de corde à qui l’on pardonne le verbe osé, tant qu’il est prononcé sous un masque peinturluré.

The King and The Clown (2005)
Titre original : 왕의 남자 (Le garçon du roi)
119 minutes
Réalisé par LEE Joon Ik
Avec GAM Wu Seong, JEONG Jin Young, LEE Jun Ki et GANG Seong Yeon
Bande-annonce: