Pour sa première émission, « Rank Korea » (diffusé sur Arirang TV) a choisi d’entrer directement dans le vif du sujet en abordant un thème cher et propre à la culture coréenne et dont la traduction et l’explication s’avèrent souvent ardues car sans véritable équivalent en occident. Cette notion est celle du (情) auquel les coréens font référence pour exprimer ce sentiment de solidarité fraternelle qu’ils ressentent envers leur prochain, à condition bien entendu que certains préalables soient réunis. A titre d’exemple, on retrouve ce même 정 dans les termes 심정 (cœur), 동정 (compassion) et 애정 (bonté).

Questionnés sur le sujet, les internautes de naver se sont prononcés et les résultats des votes se sont traduits par ce classement des 5 situations (plus ou moins dans le désordre) favorables à l’expérience du 정 :

  • La cuite collective. Les coréens tiennent décidemment à leur soju, anti-inhibiteur par excellence qui sert également de ciment relationnel et incidemment, de tremplin professionnel. Bref, un vrai concentré de 정 en bouteille qui permet de se faire des amis pour la vie en l’espace d’une soirée (pourvu qu’on tienne un peu l’alcool).
  • Le frottage de dos par un(e) inconnu(e). On a rarement le bras assez long pour se nettoyer comme il faut entre les omoplates, d’où l’intérêt de se rendre dans les bains et sauna publics où les mains serviables ne manquent pas. Certes, on n’a pas élevé les cochons ensemble mais dans un lieu où le 정 suinte des murs, ça n’a vraiment pas d’importance.
  • La vente des bijoux de famille. Suite à la dévaluation du Won par l’IMF en 1997, les coréens ont été exhortés par le gouvernement à vendre leur or afin que le pays puisse racheter du dollar. Poussé par ce sentiment de 정 national, le peuple s'est bien volontairement exécuté. Invitée à se prononcer sur le sujet, Ida Daussy n’a pas omis de souligner que les français avaient fait de même pour sauver leur pays au début du siècle dernier.
  • Debout les jeunes ! C’est devenu un réflex de se lever et de céder sa place dans les transports aux personnes âgées, lorsque les sièges qui leur sont réservés sont déjà occupés. De même, on offre ses genoux pour permette à une personne chargée et debout de se soulager de son fardeau le temps du trajet (mais non, on ne veut pas vous voler votre sac, enfin !)
  • C’est le nôtre. Et pas le mien. En parlant notamment de leur pays ou de leur famille, les coréens emploient systématiquement le terme 우리 qui signifie notre, car mes parents sont aussi un peu les tiens puisque nous sommes tous coréens. Cette habitude de s’identifier ainsi à une entité plus vaste, englobant les voisins, les collègues, et finalement, tous les membres de cette grande communauté nationale est sans doute le trait le plus caractéristique du 정 coréen, assurément introuvable ailleurs dans le monde (ils devraient d’ailleurs penser à breveter le procédé).

Si malgré tous ces exemples, la nature du 정 vous élude encore, soyez rassurés ; c’est tout à fait normal. Après tout, n’est pas coréen qui veut !