Les mots du vocabulaire courant des coréens peuvent parfois être révélateurs de phénomènes de société pour le moins intéressants. Prenons par exemple le terme 원정 출산. Il peut se traduire mot à mot par « accouchement au loin » et désigne notamment le pregnancy tourism ou tourisme de grossesse auquel s’adonnent de plus en plus de coréennes enceintes. On évoque ici l’exemption de service militaire (dans le cas d’un garçon) comme principale raison, mais ce n'est pas la seule : si la destination privilégiée reste bien entendu les Etats-Unis, c’est aussi parce que la fameuse carte verte permettra à l’enfant d’y poursuivre ses études voire de s’y installer un jour…

tourismegrossesseUne recherche sur naver nous innonde de liens vers ces agences de tourisme particulières, qui vont donc proposer aux futures mamans un package incluant le voyage A/R vers la terre promise ou l’île de Guam, territoire U.S. à quelques heures de vol seulement de Séoul, l’hébergement en condominium ou en résidence de luxe, le séjour en clinique spécialisée, des visites guidées (histoire de prendre quelques photos souvenirs), et jusqu’à la prise en charge des procédures administratives nécessaires pour acquérir le fameux SSN (Social Security Number) et le passeport américain. Le coût de ces prestations est bien sûr à la hauteur des ambitions (et du portefeuille) des plus hautes élites du pays, même si la tendance semble suggérer une popularisation du phénomène. Assez mal vu par les coréens (car illustrant clairement un manque de confiance envers la société qui, pour ces parents migrateurs, semble incapable d’assurer l’avenir de leur enfant), il n’est pourtant pas l’apanage de la Corée. Hong Kong par exemple fait face à un problème similaire avec 30 % des bébés naissant sur l’île de mères non-résidentes. Même pourcentage que celui des cliniques de Los Angeles où 30 % des nourrissons sont d’origine coréenne…

[2 mai 2013 : Je découvre à l'instant le terme anchor baby, insultant pour certains car il révèle au grand jour l'intention (supposée) des parents faisant le choix d'accoucher dans un Etat appliquant le jus soli (droit du sol) ; l'enfant ne serait qu'une "ancre" jetée sur tel territoire pour faliciter par la suite le rapatriement de sa parentée. D'aucuns n'hésitent pas à qualifier le phénomène de mythe car finalement, avoir un enfant aux Etats-Unis dans le but d'obtenir la citoyenneté américaine est un processus des plus longs et incertains. Cet article de Politifact nous rappelle en effet que l'enfant ne pourra pas sponsoriser ses parents avant d'avoir atteint l'âge de 21 ans. L'article conclu qu'il y a une distinction à faire entre le phénomène des anchor babies et celui du birth tourism, qui ne concerne pas la même catégorie socioprofessionnelle. J'ajouterai que le choix d'enfler l'importance relative du phénomène ou bien de le minimiser relève de convictions politiques. Ceux qui tentent d'amender la Constitution américaine en posant des restrictions à l'octroi de la citoyenneté américaine à la naissance vont donc avoir tendance à exagérer le "problème" tandis que ceux favorisant une politique plus libérale de l'immigration vont plutôt faire le contraire. Après tout, il n'existe aujourd'hui aucune méthode permettant de recueillir de façon systhématique des données vérifiables / quantifiables quant aux intentions qui motivent les mères d'origine étrangères venant accoucher sur le sol américain. Et en l'absence de données, tout n'est que conjecture.]