shinMais qui est donc cette jeune femme qui monopolise toute l’attention des médias coréens ces dernières semaines ? Agée de 35 ans, Shin Jeong-ah, conservatrice du musée Sungkok Art puis maître-assistante à l’Université de Dongguk, s’est vue offerte au mois de juillet le poste de co-directrice d’un évènement culturel majeur, la Biennale de Gwangju, lorsqu’il s’est avéré que son curriculum, dans lequel elle se prévalait d’un doctorat de la prestigieuse université de Yale, était fabriqué de toutes pièces. Depuis, « l’affaire Shin » n’a cessé de prendre de l’ampleur : en effet, même la plus douée des mythomanes n’aurait jamais pu atteindre ces postes à responsabilités sans un petit coup de pouce de quelque personnage haut placé. On découvre bientôt que le patronage confidentiel ne venait rien moins que de la plus haute autorité, j’ai nommé 청와대, la Maison Bleue, résidence du président de la Corée du Sud (l’équivalent de la Maison Blanche) où officiait le l’ex conseiller politique (numéro 3 du gouvernement) de Président Roh, Byeon Yang-kyoon. Celui-ci aurait profité de son statut pour booster la carrière de sa protégée, ce qu’il nie.

En attendant, la Corée est en émoi car dans le sillage de ce scandale surgissent une multitude de cas similaires, certes de moindre ampleur (bien que certaines têtes médiatiques soient en train de tomber) mais dont le nombre interpelle. Le professeur Cho Guk de l'Université Nationale de Séoul va jusqu’à remercier Shin d’avoir par sa chute exposé quelques uns des problèmes dont souffrent la société coréenne à savoir :

  • la corruption au sein du gouvernement ;
  • et le règne absolu du « credentialisme » qui pousse de nombreuses personnes à tout bonnement s’inventer des qualifications et des diplômes qu’elles n’ont pas.

Bref, elle a beau avoir fait son mea culpa, Shin n’est pas prête de se faire oublier. On espère que son exemple qui fait déjà réfléchir incitera à une grande réforme des mentalités, et que l’on accordera désormais plus de poids à la personne et à ses qualités humaines plutôt qu’à quelques bouts de papier somme toute bien insignifiants.