Contrairement à nous autres, pauvres occidentaux qui, après des décennies de malbouffe, commençons à peine à admettre l’existence d’un lien entre santé et alimentation, les coréens ont depuis toujours conscience que bonne santé rime avec bon manger (comme le prouve le dicton « 밥이 약이다 » qui signifie « la nourriture, c’est le remède. ») Notre engouement pour les régimes (comme la macrobiotique par exemple) doit bien les amuser, eux qui cuisinent depuis longtemps selon des principes respectueux de la complémentarité des aliments dits yin avec ceux plutôt yang. Une phrase récurrente accompagne souvent le geste vous invitant à déguster tel ou tel spécialité : « 몸에 좋아요. » (« C’est bon pour le corps »). A force de se l’entendre répéter, le scepticisme inné de l’occidental type refait surface : « mais qu’est-ce qu’ils essayent de me vendre à la fin ? » Gare en effet à ne pas se laisser avoir par cet argument de vente infaillible. Il ne viendrait en effet jamais à l’esprit d’un coréen de manger quoi que ce soit qui n’ait aucun bénéfice thérapeutique avéré. Aussi mettent-ils toujours en avant les caractéristiques quasi-médicaux de leurs produits, censés justifier leur coût. Car si la santé n’a pas de prix, les bonnes choses, elles, en ont un :

  • à commencer par le 송이버섯 (le « champignon des pinèdes », une espèce de lactaire) dont la saison s'achève, et qui a la particularité de ne pousser qu’au pied des conifères. Non cultivé, son prix dépend entièrement des aléas de sa cueillette en haute montagne (c’est un peu la truffe de la Corée, bien que les deux espèces n’ont rien à voir) et peut grimper jusqu’à 10 000 ₩ pour un pied de 20 cm. On trouve bien évidemment des champignons de pins moins chers, importés de Corée du Nord ou de Chine, mais les sud-coréens leur préfèrent le leur (de meilleur cru, paraît-il) reconnaissable à son stipe terreux. Quant à ses qualités nutritives, on le dit riche en protéines et on lui attribue les mêmes vertus que les algues, puissants dépuratifs sanguins. (Serait-ce donc des lactaires que Kim Jong-il aurait offert au président sud-coréen lors de leur récente rencontre ?) Les gourmets qui souhaitent goûter à cette spécialité ont jusqu’à aujourd’hui pour déguster le menu spécial pine mushroom au restaurant japonais Momoyama situé au 38ème étage de l’hôtel Lotte à Séoul.
  • Le ginseng est aux coréens ce que le noni est aux polynésiens ; une plante un peu miraculeuse capable de guérir prévenir tous les maux (ou presque). Pour ceux qui en douteraient encore, assénons une nouvelle fois l’incontestable vérité suivante : le meilleur ginseng au monde provient de Corée, et le meilleur ginseng coréen est cultivé sur l’île occidentale de Ganghwa dont le marché réservé exclusivement à la vente de cette racine vaut le coup d’œil. Inutile de rappeler les mérites de cette plante dont Agnès en parle déjà très bien, le ginseng (인삼 de son nom local) est ici vendu sous toutes les formes, confit ou en poudre (dans des sachets de thé), on en fait également de la liqueur. Il peut aussi se déguster cru, si l’on s’accommode de son amertume. Le packaging, doré à souhait, illustre la valeur de la racine, considérée comme un cadeau de luxe. Bien évidemment, plus la plante est âgée, plus elle est chère – il faut rentabiliser les 4 ans minimum nécessaires à sa croissance. Quant à sa maturité, elle est virtuellement incognoscible. Une racine sauvage de 260 ans aurait ainsi été découverte en Chine en 2006…

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