Madame Choi

La Corée au quotidien...

31 octobre 2007

Champignon protidique et racine centenaire

Contrairement à nous autres, pauvres occidentaux qui, après des décennies de malbouffe, commençons à peine à admettre l’existence d’un lien entre santé et alimentation, les coréens ont depuis toujours conscience que bonne santé rime avec bon manger (comme le prouve le dicton « 밥이 약이다 » qui signifie « la nourriture, c’est le remède. ») Notre engouement pour les régimes (comme la macrobiotique par exemple) doit bien les amuser, eux qui cuisinent depuis longtemps selon des principes respectueux de la complémentarité des aliments dits yin avec ceux plutôt yang. Une phrase récurrente accompagne souvent le geste vous invitant à déguster tel ou tel spécialité : « 몸에 좋아요. » (« C’est bon pour le corps »). A force de se l’entendre répéter, le scepticisme inné de l’occidental type refait surface : « mais qu’est-ce qu’ils essayent de me vendre à la fin ? » Gare en effet à ne pas se laisser avoir par cet argument de vente infaillible. Il ne viendrait en effet jamais à l’esprit d’un coréen de manger quoi que ce soit qui n’ait aucun bénéfice thérapeutique avéré. Aussi mettent-ils toujours en avant les caractéristiques quasi-médicaux de leurs produits, censés justifier leur coût. Car si la santé n’a pas de prix, les bonnes choses, elles, en ont un :

  • à commencer par le 송이버섯 (le « champignon des pinèdes », une espèce de lactaire) dont la saison s'achève, et qui a la particularité de ne pousser qu’au pied des conifères. Non cultivé, son prix dépend entièrement des aléas de sa cueillette en haute montagne (c’est un peu la truffe de la Corée, bien que les deux espèces n’ont rien à voir) et peut grimper jusqu’à 10 000 ₩ pour un pied de 20 cm. On trouve bien évidemment des champignons de pins moins chers, importés de Corée du Nord ou de Chine, mais les sud-coréens leur préfèrent le leur (de meilleur cru, paraît-il) reconnaissable à son stipe terreux. Quant à ses qualités nutritives, on le dit riche en protéines et on lui attribue les mêmes vertus que les algues, puissants dépuratifs sanguins. (Serait-ce donc des lactaires que Kim Jong-il aurait offert au président sud-coréen lors de leur récente rencontre ?) Les gourmets qui souhaitent goûter à cette spécialité ont jusqu’à aujourd’hui pour déguster le menu spécial pine mushroom au restaurant japonais Momoyama situé au 38ème étage de l’hôtel Lotte à Séoul.
  • Le ginseng est aux coréens ce que le noni est aux polynésiens ; une plante un peu miraculeuse capable de guérir prévenir tous les maux (ou presque). Pour ceux qui en douteraient encore, assénons une nouvelle fois l’incontestable vérité suivante : le meilleur ginseng au monde provient de Corée, et le meilleur ginseng coréen est cultivé sur l’île occidentale de Ganghwa dont le marché réservé exclusivement à la vente de cette racine vaut le coup d’œil. Inutile de rappeler les mérites de cette plante dont Agnès en parle déjà très bien, le ginseng (인삼 de son nom local) est ici vendu sous toutes les formes, confit ou en poudre (dans des sachets de thé), on en fait également de la liqueur. Il peut aussi se déguster cru, si l’on s’accommode de son amertume. Le packaging, doré à souhait, illustre la valeur de la racine, considérée comme un cadeau de luxe. Bien évidemment, plus la plante est âgée, plus elle est chère – il faut rentabiliser les 4 ans minimum nécessaires à sa croissance. Quant à sa maturité, elle est virtuellement incognoscible. Une racine sauvage de 260 ans aurait ainsi été découverte en Chine en 2006…

ginseng

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25 octobre 2007

기러기 아빠 – un bien drôle d'oiseau

Après plusieurs jours d’un froid plutôt vif pour la saison, les oiseaux étaient sur le départ le weekend dernier, l’occasion pour Madame Choi de parler d’une autre sorte de migration, celle des papas, ou plutôt des 기러기 아빠 comme on les appelle ici (et qui signifie mot pour mot « papa oie sauvage »). A l’instar des futures mères fugueuses, cette espèce de papas migrateurs est en voie de prolifération. Toujours avec ce même objectif de mettre toutes les chances du côté de leur progéniture, les mamans coréennes sont de plus en plus nombreuses à s’exiler au loin (aux Etats-Unis, par exemple) avec leur enfant pour que ce dernier suive l’éducation qui le rendra plus compétitif lorsque l’heure de faire ses premières armes sur le marché du travail aura sonnée.

Forcément, une telle éducation a un coût. (C’est la raison principale qui dissuade les parents coréens de faire plus d’un rejeton.) De part son rôle de chef de famille, c’est au papa que revient la lourde responsabilité de subvenir aux besoins de sa descendance en restant au pays afin de travailler. Le voilà donc contraint de « migrer » au gré de ses congés pour retrouver sa petite famille, bien installée à l’autre bout du monde. Le papa coréen fait décidément bien des sacrifices pour assurer un avenir radieux à son chérubin. Ce dernier lui en sera-t-il reconnaissant ? Rien n’est moins certain…

Posté par madamechoi à 16:50 - Société (vaste programme) - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

23 octobre 2007

Bavardages

Belle-sœur Choi est fascinante : 36 ans, célibataire (et habitant de ce fait chez ses parents), assistante de direction au sein des bureaux administratifs de l’armée américaine basée à Séoul, elle conduit sa propre voiture et incarne un peu la « femme coréenne du XXIe siècle ». Extraits d’une conversation à trois :

BELLE-SŒUR CHOI (à Monsieur Choi) – Puisque tu pars en France bientôt, pourrais-tu me ramener le parfum L’Instant de Guerlain ? Et puis aussi, un sac Louis Vuitton ? Surtout n’oublie pas la détaxe !

MONSIEUR CHOI – Encore un sac Vuitton ? Mais tu en as déjà deux !

BELLE-SŒUR CHOI – Oui mais ce n’est pas pour moi ! C’est pour le revendre.

MONSIEUR CHOI (à Madame Choi) – Au fait, Guerlain, c’est une marque de quel niveau à ton avis ? Plutôt Chanel ou plutôt Lancôme ?

MADAME CHOI – Euh…

BELLE-SŒUR CHOI – Guerlain ? C’est du niveau de Chanel ! Les produits Guerlain sont supers chers en Corée. Au fait, j’ai vu un produit Vichy dans ta salle de bain l’autre jour.

MADAME CHOI – Vichy ? Ah oui. C’est une bonne marque.

BELLE-SŒUR CHOI – Vichy débarque en Corée et leurs produits aussi sont vendus à des prix pas possibles !

MADAME CHOI – Ah bon ? Pourtant la marque est loin d’être la plus chère en France…

On l’aura compris : les coréennes (qui font usage d’une vingtaine de lotions, crèmes et tonics par jour, dixit l’Oréal) sont incollables en matière de cosmétiques et de luxe. (Certains messieurs en uniforme s’y mettraient aussi, mais c’est une autre histoire…) Quoi qu’il en soit, ceux qui cherchent à leur faire plaisir savent maintenant à quoi s’en tenir.

Malgré le portrait qu'en dresse cet innocent papotage, n’allez surtout pas croire que belle-sœur Choi est matérialiste et frivole. Elle est extrêmement généreuse, adore son petit neveu et chacune de ses visites est l’occasion de gâter Madame Choi avec des chocolate chip cookies, du cabernet sauvignon californien et autres bonnes choses made in USA. Je la soupçonne d’ailleurs – même si elle s’en cache – de subvenir aux besoins du ménage de ses parents (60 ans et 70 ans pour le papa, partiellement invalide suite à une attaque cérébrale il y quelques années). Les exemples illustrant sa piété filiale ne manquent pas et c’est un peu elle qui joue le rôle du fils aîné de la maison (son petit frère étant bien trop occupé à parcourir le vaste monde). Quand je vous disais qu’elle était fascinante…

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10 octobre 2007

Encore des raviolis !

Si en France, ce sont dans les vieilles marmites que l’on fait les meilleures soupes (prenons l’expression au premier degré), en Corée, c’est souvent dans les petites gargotes que l’on déguste la meilleure cuisine. C’est le cas de 묘향손만두, un restaurant sans chichis où l’on est accueilli par une flopée de chaussures car ici (comme partout ailleurs d’ailleurs), on se déchausse à l’entrée et l’on mange assis à même le lino. De l’extérieur, l’endroit ne paye pas de mine mais les voitures qui bataillent pour une place de parking mettent la puce à l’oreille. Du nom d’une montagne nord-coréenne (묘향산), la spécialité de la maison sont les raviolis façon Corée du Nord, réputés pour être bien meilleurs que ceux du sud. On les déguste en soupe, en daube (전골), ou à la vapeur. L’autre spécialité à ne pas manquer est le 오이 소박이 국수, une raviolissoupe de pâtes froides, épicée et assaisonnée aux cornichons. Même le 깍두기 (radis fermenté servi d’office) est à la hauteur des mets qu’il accompagne ! Et tout cela pour des prix on ne peut plus modiques (à l’exception du plat en daube qui se partage) tournants autour de 4 EUR (5 000 WON).

묘향손만두
경기도 구리시 아천동 300-8
(à proximité du Sheraton Walker Hill)
Tél. : 02-444-3515

Posté par madamechoi à 08:44 - Carnet d'adresses - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 octobre 2007

Bientôt une ?

Bien que tous les médias de la planète (ou presque) aient déjà couvert l’évènement, Madame Choi ne pouvait pas ne pas parler ici de cette semaine riche en temps forts. Non, il ne s’agit pas de la Paris fashion week mais de la rencontre entre le président sud-coréen Roh Moo-hyun et le leader nord-coréen Kim Jong-il. Pendant trois jours, les journalistes ont observé, analysé, disséqué le moindre geste, la moindre parole de l’un ou l’autre des dirigeants afin d’y lire les signes que tous attendent : une réconciliation prochaine. Bien que le chemin soit encore long, l’espoir est pourtant de mise, malgré le pessimisme des investisseurs qui se reflètent dans la pusillanimité des marchés boursiers. On avait de quoi être septique : la première réunion au sommet entre Nord et Sud en 2000 (Kim Dae-jung était alors président de la Corée du Sud) n’ayant pas vraiment fait avancé le smilblick.
sommetMalgré un accueil chaleureux et fleuri de la part des nord-coréens (impossible de s’imaginer Kim Jong-Il reçu avec les mêmes égards à Séoul), le soir du 2 octobre dernier, on ne parlait qu’avec inquiétude de l’attitude distante de l’hôte de ce sommet envers son homologue sud-coréen, de quatre ans son cadet (oui, en Corée c’est important de connaître l’âge de son interlocuteur pour savoir quelle conduite adopter à son égard). Mais le lendemain, après la remise des cadeaux que Roh avait apportés (parmi lesquels un paravent de nacre, un plat en céramique richement décoré, du précieux thé, et quelques centaines de DVDs de films sud-coréens, notamment ceux mettant en scène Lee Young-ae que l’on croit l’une des actrices préférées du leader), l’atmosphère paraissait nettement plus détendue, Kim Jong-il s’autorisant même un peu d’humour devant les journalistes. Il alla jusqu’à s’enquérir du bon déroulement du séjour de Roh : « le divertissement d’hier soir vous a plu ? (il s’agissait en l’occurrence du spectacle de masse intitulé Arirang) ; « vous resterez bien un jour de plus chez nous ! » Mais les deux moments clés que l’histoire retiendra surtout furent :

  • la traversée symbolique de la ligne de démarcation entre les deux Corées par le président Roh et son épouse, à pied ;
  • la ratification d’un texte qui devrait déboucher sur des échanges économiques accrus et surtout, la signature d’un vrai traité de paix qui mettrait enfin un terme à un conflit vieux de plus de cinquante ans.

Il était grand temps. Continuons à croiser les doigts…

Posté par madamechoi à 15:47 - Dans l'actualité - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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