En 2006, la Corée fêtait les 560 ans de son sejongalphabet, le 한글  (hangeul), une « invention » largement attribuée au roi Sejong (1397-1450) qui, selon certaines hypothèses en circulation, aurait redécouvert un ancien alphabet qu’il aurait ensuite mis à jour. Quel que soit le mystère qui entoure sa création, il est indéniable qu’une bonne dose de réflexion fut nécessaire à l’élaboration de ce que certains considèrent aujourd’hui comme le système d’écriture le plus scientifique au monde. Ce qu’il faut retenir, c’est que le hangeul est né de la volonté de son créateur d’une part, de démocratiser l’éducation et, d’autre part, de donner au pays son propre alphabet qui, jusque là, ne faisait usage que des 한자 (hanja, ou caractères chinois). Leur apprentissage étant à cette époque réservé à une élite, le peuple était majoritairement illettré. Malheureusement, ce beau cadeau ne fut pas au goût des érudits, offensés par la simplicité de cet alphabet. Il fut donc délaissé pendant plusieurs siècles et aurait sans doute sombré dans l'oubli si les femmes ne se l’étaient approprié, faute d’avoir accès à l’étude des caractères chinois. Encore aujourd’hui, les cours universitaires de calligraphie coréenne sont largement suivis par les filles tandis que les garçons leur préfèrent la calligraphie chinoise. Ne croyez pas pour autant que les hanjas aient complètement disparus de la circulation : on s’en sert encore bien souvent, notamment pour clarifier le sens d’une syllabe aux multiples homographes.

hunminClassé trésor national n° 70 en 1962, inscrit au programme de l’UNESCO Memory of the World depuis 1997, le 훈민정음 (Hunmin Jeongeum, « Sons Corrects pour Instruire le Peuple ») est le premier texte officiel a avoir été écrit à l’aide du hangeul. Il fut en partie rédigé par le roi Sejong en personne qui y commente le nouvel alphabet lettre par lettre, alors au nombre de 28 contre 24 aujourd’hui. En 1940, on fit la découverte d’une postface explicative qui vint compléter le document original, renommé 훈민정음해례 (Hunmin Jeongeum Haerye), et présentement conservé au musée de Gansong à Séoul. Quant au bon roi Sejong, les coréens gardent précieusement son souvenir dans leur cœur et son image, dans leur portefeuille, sous la forme de billets de 10 000 ₩.

En illustration, un exemple de calligraphie coréenne :

precepte
Quelque soit ce qui (nous) arrive

Si l’on fait de son mieux
Rien n’est impossible
(précepte familial)
Artiste : Lee Joon Yeon