28 novembre 2007
It’s that time of the year again
Ce lundi, Madame Choi a fait son premier kimjang ! Ou plutôt, belle-maman a fait son kimjang et Madame Choi a pris des photos… Rappelons brièvement le principe du kimjang : fermenter suffisamment du choux chinois (ou pe-tsaï, comme se plaît à l’appeler Wikipédia) pour tenir jusqu’au printemps, ou plus exactement, jusqu’aux prochaines récoltes de choux. En pratique, la fabrication de kimjang est extrêmement physique. Prévoir donc une bonne dose d’huile de coude en plus des principaux ingrédients qui sont les suivants :
- du chou qui a dégorgé pendant au moins 24 heures ;
- du 양념 (yang-nyeom, la préparation qui va servir à assaisonner le chou).

(Et plein de boîtes vides pour stocker le résultat).
Bien évidemment, la réussite d’un bon kimjang va dépendre essentiellement de cet assaisonnement, dont chaque famille détient le secret. Chez les Choi, le yang-nyeom contient notamment du radis chinois, de l’ail, du gingembre, du piment rouge en poudre, des ciboules, du riz gluant bouilli, du bouillon à base de laminaire, d’anchois et d’oignons, des crevettes saumurées, du jus d’anchois et des graines de sésame noir. Impossible ici de vous en dévoiler la recette, car comme toute bonne cuisinière coréenne, belle-maman ne pèse et ne mesure rien :
- Tiens, verse-moi du piment rouge sur le radis.
Madame Choi en saupoudre un bol entier.
- Encore.
Nouveau bol de piment rouge.
- Encore un.
Madame Choi obtempère diligemment.
- Voilà c’est bon.
Belle-maman plonge les mains dans la montagne de radis émincé qui rempli toute une bassine.
- Rajoute les ciboules, et puis l’ail et le gingembre écrasé pendant que tu y es. Bon, maintenant, verse le riz gluant. Et puis un peu de bouillon, juste un peu… ça suffit !
Elle touille son yang-nyeom.
- Bon, maintenant, on va rajouter les crevettes saumurées. Allez, encore une louche… voilà, c’est bon.
Elle jette un œil au résultat :
- Ce n’est pas assez rouge. Rajoute donc encore du piment. Et puis verse aussi le jus d’anchois. Vide la bouteille, ça devrait suffire.
Après encore quelques ajustements, l’assaisonnement est enfin prêt mais le travail est loin d’être terminé. Il y a une vingtaine de choux en train d'égoutter qui attendent d'être coupés en quatre et garnis de cette sauce relevée à souhait. Et par « garnir », on entend « enduire chaque feuille » et pas seulement enrober le chou à l’extérieur. Madame Choi retrousse ses manches et enfile ses gants jetables. Après tout, c’est elle qui a insisté pour participer à la préparation du kimjang…

Quelques heures (et courbatures) plus tard, le dernier quart de chou se faisait lacérer pour être consommer le soir même en 겉저리 aux huîtres fraîches. Une délicieuse récompense pour notre dur labeur...
25 novembre 2007
Vive le vent…
A force de vouloir lire tous les blogs d’expatriés que l’on découvre chaque jour, on se réveille un beau matin sous les flocons, sans avoir eu le temps de faire ses adieux à l’automne. Adieu donc, 단풍 (1) flamboyants et 은행나무 (2) lumineux ; bonjour 첫눈 (3), 콧물 (4) et 눈싸움 (5) !
(1) 단풍 = feuille d’érable mais le terme désigne généralement tous les feuillages mordorés de l’automne, particulièrement coloré en Corée ;
(2) 은행나무 = le gingko, un bel arbre aux feuilles pétales dorées…
(3) 첫눈 = la première neige, qui est tombée lundi sur Séoul ;
(4) 콧물 = littéralement, l’eau du nez ou comme l’on dit par chez nous, la goutte au nez – une des joies de l’hiver ;
(5) 눈싸움 = bataille de boules de neige ! (Mais vu comme la première neige a vite fondu, ce ne sera pas pour tout de suite.)
17 novembre 2007
빼빼로 데이 – La Journée Mikado
Non, il ne s'agit pas du jeu des baguettes à extraire de leur pile sans faire bouger les autres, mais de la petite faiblesse qui vous perdra (un jour peut-être). Les amateurs profitent sans doute des soldes de cette semaine sur les invendus de dimanche dernier pour faire le plein de baguettes chocolatées. Mais au fait, que se passait-il dimanche dernier ? Nous étions le 11 novembre, journée particulière dans de nombreux pays : l’Angola fêtait 32 ans d’indépendance, la France commémorait l’armistice de 1918, les Etats-Unis célébraient ses vétérans, tandis qu’au Japon et en Corée, on croquait des Mikados. Commercialisées en Corée par le tout puissant chaebol Lotte Group sous le nom de Pepero, le biscuit possède en effet son propre jour de fête. Par analogie de forme, le 11/11 fut décrété Pepero Day depuis 1994 en Corée et 1999 au Japon. Son inventeur, fort au fait de l’engouement des coréens pour ces jours à cadeaux sucrés, mériterait le prix Nobel du marketing commercial (si cette chose-là existait). Pour mieux faire passer cette pilule mercatique et légitimiser (oh le barbarisme) la célébration, on essaye d’alimenter un « mythe fondateur » impliquant des collégiennes de Busan qui auraient pris l’habitude de s’offrir ces baguettes pour se souhaiter les unes les unes une silhouette aussi élancée que le fin biscuit. N’y aurait-il pas comme un contresens dans cette affirmation ? (S’offrir des gâteaux pour garder la ligne... les filles sont plus futées que cela tout de même !)
Suivant le même raisonnement analogique, ce jour est aussi appelé necktie day (jour de la cravate), 젓가락 데이 (jour des baguettes – celles qui servent à manger), 가래떡 데이 (jour du gâteau de riz « garae », de forme allongée), 지팡이 날 (jour de la cane), 장어 데이 (jour de l’anguille) et ainsi de suite. Ce que l’on sait peut-être moins, c’est que le 11 novembre est également la fête des agriculteurs (농업인의 날). La date ne fut pas choisie par hasard : en effet, si l’on écrit 11/11 en caractère chinois, cela donne 土月土日 (contraction de 十一月十 一日). Le sinogramme 土 (흙, 토) représentant la terre y apparaît deux fois, comme c’est expliqué ici (KR). Malgré tout, n’oublions pas que pour beaucoup de monde, le 11 novembre reste finalement un jour comme un autre. Madame Choi, elle, ne serait pas contre un Choco Pie Day...
(Publicité coréenne pour le Pepero, intitulée « Manière amusante de manger un Pepero »)
09 novembre 2007
Il se passe des choses en France...
Dans les locaux de l’UNESCO plus précisément, où l’on accueille depuis 4 jours et jusqu’au 16 novembre le Festival de la Cuisine Coréenne, à l’initiative du centre culturel coréen de Paris. Un repas digne des souverains de Choson est à portée de fourchette baguette, pour « seulement » 35 EUR, au restaurant de l’organisation. Complet dites-vous ? Le Monde vous propose deux autres alternatives, toujours dans la capitale. Quant aux français de passage à Séoul, ils auraient tort de faire l’impasse sur les conseils dispensés par Madame Figaro s’ils souhaitent faire de leur voyage une expérience culinaire inoubliable.
Et maintenant, adressons-nous (une fois n'est pas coutume) aux Lyonnais : profitez du week-end pour découvrir l’illustration jeunesse sud-coréenne, à
l’honneur au Salon du livre « Petite Edition – Jeune Illustration » de Saint-Priest qui commence aujourd’hui et qui dure trois jours. (Entrée libre). La sensibilité coréenne est souvent très parlante affirme Jean-Marie Antenen des éditions Quiquandquoi. Aux visiteurs de juger, au travers des œuvres de deux illustrateurs coréens, Park Su-Ji et Lee Choonkil, qui ont fait le voyage, tout comme l’éditeur Jaimimage. Notons également la présence de la jeune maison d’édition Chan-Ok (merci, Agnès) qui publie des contes coréens en français et à qui l’on souhaite beaucoup de succès.
06 novembre 2007
Le cadeau d’un roi à son peuple
En 2006, la Corée fêtait les 560 ans de son
alphabet, le 한글 (hangeul), une « invention » largement attribuée au roi Sejong (1397-1450) qui, selon certaines hypothèses en circulation, aurait redécouvert un ancien alphabet qu’il aurait ensuite mis à jour. Quel que soit le mystère qui entoure sa création, il est indéniable qu’une bonne dose de réflexion fut nécessaire à l’élaboration de ce que certains considèrent aujourd’hui comme le système d’écriture le plus scientifique au monde. Ce qu’il faut retenir, c’est que le hangeul est né de la volonté de son créateur d’une part, de démocratiser l’éducation et, d’autre part, de donner au pays son propre alphabet qui, jusque là, ne faisait usage que des 한자 (hanja, ou caractères chinois). Leur apprentissage étant à cette époque réservé à une élite, le peuple était majoritairement illettré. Malheureusement, ce beau cadeau ne fut pas au goût des érudits, offensés par la simplicité de cet alphabet. Il fut donc délaissé pendant plusieurs siècles et aurait sans doute sombré dans l'oubli si les femmes ne se l’étaient approprié, faute d’avoir accès à l’étude des caractères chinois. Encore aujourd’hui, les cours universitaires de calligraphie coréenne sont largement suivis par les filles tandis que les garçons leur préfèrent la calligraphie chinoise. Ne croyez pas pour autant que les hanjas aient complètement disparus de la circulation : on s’en sert encore bien souvent, notamment pour clarifier le sens d’une syllabe aux multiples homographes.
Classé trésor national n° 70 en 1962, inscrit au programme de l’UNESCO Memory of the World depuis 1997, le 훈민정음 (Hunmin Jeongeum, « Sons Corrects pour Instruire le Peuple ») est le premier texte officiel a avoir été écrit à l’aide du hangeul. Il fut en partie rédigé par le roi Sejong en personne qui y commente le nouvel alphabet lettre par lettre, alors au nombre de 28 contre 24 aujourd’hui. En 1940, on fit la découverte d’une postface explicative qui vint compléter le document original, renommé 훈민정음해례 (Hunmin Jeongeum Haerye), et présentement conservé au musée de Gansong à Séoul. Quant au bon roi Sejong, les coréens gardent précieusement son souvenir dans leur cœur et son image, dans leur portefeuille, sous la forme de billets de 10 000 ₩.
En illustration, un exemple de calligraphie coréenne :

Quelque soit ce qui (nous) arrive
Si l’on fait de son mieux
Rien n’est impossible
(précepte familial)
Artiste : Lee Joon Yeon


