Ida C’est d’abord l’histoire d’une rencontre, celle de deux êtres aux cultures diamétralement opposées : d’un côté, l’héritière d’un épicurisme à la Brillat-Savarin et de l’autre, le descendant de Confucius. Ida le dit elle-même : « Marier une Française à un Coréen, c’est un peu, dans l’absolu, marier l’eau et le feu… » Mais c’est fou, tout ce que l’on peut endurer par amour. Ecrit sur le ton de la sincérité avec une plume très vive qui donne l’impression d’être assis en face de notre auteure en train de l’écouter nous raconter son conte de fée (car c’en est bien un), ce récit met en scène les personnages classiques que sont : le prince charmant et son sourire à tomber, la marâtre qui ne jure que par les traditions, l’innocente bergère normande qui gardait ses moutons… (enfin, pas vraiment mais vous voyez le tableau). Il ne manque que la marraine qui aurait pu, d’un coup de baguette magique, rendre la vie d’Ida plus facile. A sa place, l’omniprésent Confucius et sa redoutable influence sur les comportements des coréens, et qui est pour beaucoup responsable du sort parfois peu enviable des femmes mariées coréennes.

Chaque chapitre débute par un proverbe coréen qui donne un petit aperçu de ce qui nous attend (ce qui devrait plaire à Maman Fabien). Bien qu’Ida traduise et explique avec impartialité ces petits fragments de sagesse, elle n’est pas pour autant toujours d’accord avec ceux-ci et le fait bien savoir. Sans porter de jugement dogmatique sur la société coréenne, elle aborde toutefois sans tabou les différents problèmes que sont la « fièvre de l’éducation, » l’engouement frénétique pour la chirurgie esthétique, le racisme ambiant etc. qui se reflète dans ses propres expériences. Millénaire par son histoire mais toute jeune face à une mondialisation qui l’a rattrapée à son insu, la Corée se cherche une nouvelle identité contemporaine. D’où parfois ses quelques égarements qui, on l’espère, seront vite corrigés.

Débarquée sur cette lointaine péninsule au début des années 90, Ida est aux premières loges pour témoigner des bouleversements rapides qui agitent la société coréenne, et qu’elle illustre d’anecdotes personnelles. On suit avec enthousiasme son aventure télévisuelle et sa popularité grandissante auprès du public coréen. On s’émeut à son récit des sacrifices de ce peuple qui s’est mobilisé d’un seul homme pour faire face à la crise monétaire de 1997. On sourit des péripéties du voyage de ses parents qui font la découverte d’une hospitalité chaleureuse mais parfois trop empressée à leur goût. De la vie d’Ida, on pourrait faire un drama. (Mais que dis-je, c’est déjà fait !) Souhaitons-lui donc encore de longues années heureuses en Corée et un nouveau livre dans 10 ans, pour nous divertir de ses nouvelles aventures en tant qu’ajuma* !


* Ajuma : titre des femmes mariées en Corée