Faute d’avoir eu le temps de le commenter plus tôt, le sondage (mené par le quotidien Kyunghyang Shinmun) dont il est ici question date un peu (novembre de l’année dernière) mais je doute qu’en l’espace de 4 mois, l’état des mentalités dont il est le reflet ait beaucoup changé. Interrogés sur les « qualités » essentielles à toute réussite sociale, la majorité des coréens a répondu en premier lieu :

  1. le prestige de l’université d’où l’on est diplômé, ce qui réaffirme le règne tout puissant des trois grandes Ivy League Schools coréennes à savoir Seoul National University, Korea University et Yonsei University, connus aussi sous le sigle SKY ; malheureusement pour les lycéens qui aspirent à y entrer, les places sont chères…

  2. en seconde position arrive – dans la suite logique de la première réponse – les « connexions » aussi qualifiées de « réseau » que l’on se construit au fil des rencontres, les liens les plus étroits étant souvent ceux créés durant les années scolaires ou universitaires, comme l’illustre l’usage très courant des termes 후배 et 선배 qui désignent respectivement les camarades d’école plus jeunes et plus âgés. Si l’on n’est pas entièrement convaincu, il suffit d’observer d’un peu plus près le profil des ministres dont Lee Myung-bak a choisi de s’entourer et qui sont majoritairement des anciens élèves de 고려대, d’où est également diplômé le président coréen ;

  3. le troisième facteur nécessaire à la réussite serait… l’argent ! Il est vrai qu’en Corée, une éducation de qualité requiert un porte-monnaie bien garni. Autrement dit, les parents doivent déjà avoir une bonne situation pour que les enfants puissent espérer réussir dans la vie ; une règle bien injuste envers tous ceux qui ne sont pas nés avec « une cuillère d’argent dans la bouche »…

  4. d’où le quatrième point qui met en exergue la situation des parents ; lorsque l’on annonce à ceux-ci que l’on souhaite leur présenter quelqu’un, ne rétorquent-ils pas systématiquement « et ses parents, que font-ils ? » ? En tout cas, cela semble être souvent le cas en Corée.

  5. Pour espérer avoir du succès dans sa carrière, quelle qu’elle soit, il faut également être non pas intelligent, créatif ou passionné mais… agréable à regarder ! L’importance que l’on accorde ici au physique explique pourquoi les coréens faut autant appel à la chirurgie esthétique, comme le résume cet article.

  6. Enfin, last but not least, le don pour l’esbroufe est également considéré comme indispensable à toute aspiration ambitieuse. En revanche, l’honnêteté – une vertu plutôt populaire partout ailleurs dans le monde – ne récolte qu’un maigre 1,97%.

En résumé, les chances pour un coréen autodidacte, moche et pauvre, de réussir dans la vie sont quasiment nulles. Ce constat affolant pourrait presque disculper mademoiselle Shin dont les actions semblent pour ainsi dire justifiées par les pressions d’une société qui s’obstine à octroyer toujours plus d’importance au superflu, et se complait dans le cercle vicieux qui tient impitoyablement à l’écart tous ceux qui n’entrent pas dans le moule de sa conception de la perfection.

(Source : The Star)