Nous venons d’entrer dans l’année du bœuf, l’occasion pour les retardataires (comme Mme Choi) de se décider à prendre quelques bonnes résolutions, à commencer (en ce qui me concerne) par rayer de son vocabulaire l’expression suivante :

힘들다 (« C’est difficile / pénible. »)

Si l’on écoute les coréens, on a parfois l’impression que la vie n’est qu’une suite d’épreuves toutes plus ardues les unes que les autres, tant cette phrase revient souvent dans les conversions, et parfois dans les circonstances les plus improbables. Je me souviens de mon étonnement lorsqu’une belle-cousine m’a murmuré à l’oreille, le jour de mon mariage : « C’est pénible, n’est-ce-pas ? » Prise au dépourvue par cette interrogation dument accompagnée d’un sourire compatissant, j’ai du mettre quelques instants avant de lui répondre « Oh non, c’est amusant au contraire ! » Jamais il ne m’était venu à l’esprit de considérer cet évènement comme physiquement éprouvant ! J’ai un temps pensé que cette expression devait avoir quelques effets thérapeutiques qui, par la verbalisation, soulageraient en partie l’adversité. Aussi ai-je un jour décidé de tenter l’expérience. Bien mal m’en prit. A peine les mots fatidiques prononcés, ce n’est pas un sentiment de soulagement qui m’envahit mais une cuisante culpabilité : comparée à tant d’autres, ma vie est plutôt facile ; de quoi me plains-je ?! Depuis, j’ai appris à m’en servir de façon plus judicieuse. Ainsi, lorsque Monsieur Choi propose nonchalamment d’aller dîner chez ses parents, je sors cet argument imparable : « hors de question ! C’est trop pénible pour ta maman ! »

고생많다 / 고생하다 (« Se donner du mal ; faire beaucoup d’efforts. »)

Contrairement à la première phrase qui s’utilise souvent à la première personne, cette deuxième expression a toujours pour sujet quelqu’un d’autre que soi et s’emploie souvent au passé. On reconnaît ainsi le travail de la personne, la peine qu’elle s’est donnée… Mon dictionnaire référence même l’expression suivante : 고생끝에 낙이 온다 (« A la fin des épreuves arrive le bonheur. ») Ce qui équivaut à notre beau temps après la pluie. Une fois l’ai-je entendu employée à l’impératif (고생해라), et j’avoue n’avoir pas tout de suite compris que la personne ne me souhaitait pas plus de peines mais qu’au contraire, elle comprenait l’épreuve que j’étais alors en train de traverser et qu’elle me demandait simplement de tenir quelques jours encore, la fin du tunnel n’étant pas loin. (Remerciements à Monsieur Choi pour avoir clarifié ce qui aurait pu devenir un malentendu.)

수고하세요 ! (« Bon travail ! »)

Voilà une locution qui me plaît ! La traduction littérale serait plutôt « donnez-vous de la peine ! » mais le français prête à confusion car il sous-entend que l’autre ne fait pas assez d’efforts. Or ce que les coréens signifient par là est bien à l’opposé : on reconnait et apprécie à sa juste valeur le dur travail fournit et l’on souhaite encourager la personne. En Corée, c’est ainsi que l’on salue la femme de ménage chaque fois qu’on la croise en plein labeur (rassurez-vous : elle ne le prendra pas mal). Utilisée au passée (수고하셨어요), la phrase prend même la dimension d’un remerciement : « merci pour vos efforts. » A employer donc sans compter cette année…