Il était une fois un vieil homme riche et généreux qui, au terme d’une vie bien remplie durant laquelle il travailla dur pour assurer à sa famille une vie aisée, fit appelé à son chevet ses deux fils, Nolbu l’aîné, et Hungbu le cadet. Il leur fit promettre de toujours être aimable envers leurs voisins et de continuer à vivre en harmonie, en se partageant la propriété et les terres qu’il leur léguait.

Néanmoins, après sa mort, Nolbu eu tôt fait d’oublier sa promesse et lui et sa femme se mirent à traiter Hungbu et sa famille en domestiques, leur infligeant des tâches toujours plus pénibles. Un beau jour, prétextant une discorde entre les deux épouses, Nolbu finit par chasser son frère de la maison.

Hungbu s’en alla donc avec sa femme et ses enfants, sans un mot. Après avoir errer toute la journée dans la campagne, ils se réfugièrent dans une grotte pour y passer la nuit. Dès le lendemain, Hungbu retroussa ses manches et se mit en devoir de leur bâtir une nouvelle demeure. Construit à partir de tiges de maïs séchées, de bambou et d’argile, l’humble cabanon était petit et inconfortable, mais personne ne s’en plaint. Ils vécurent donc ainsi, travaillant la terre et récoltant les baies et champignons des montagnes avoisinantes. L’hiver s’en vint, puis fit place au printemps.

Un beau jour, un couple d’hirondelle vint construire son nid sous le toit en paille de leur hutte. Le cri des oisillons résonna bientôt dans la maison de la famille de Hungbu. Malheureusement, un serpent affamé qui passait par là en fit un jour son repas. Hungbu ne peut sauver qu’un seul oiseau, qui était tombé du nid et gisait, la patte cassée, dans la cour. Il soigna l’animal et le remit dans son nid.

A l’automne, l’hirondelle s’en alla pour revenir au printemps suivant, avec un cadeau particulier. En effet, à son retour, l’oiseau fit tomber aux pieds de Hungbu une graine blanche. Celui-ci, intrigué, décida de la planter dans le jardin. Une petite pousse apparue bientôt et au bout de quelques semaines, la plante fut en fleur. Hungbu et son épouse eurent un jour l’agréable surprise de voir mûrir cinq grosses calebasses. Ils se réjouirent à l’idée de déguster leur pulpe avant de les sécher pour en faire de belles louches qu’ils iraient ensuite vendre au marché.

Mais le jour où ils décidèrent d’ouvrir le premier de ces gros fruits mûrs, qu'elle ne fut pas leur surprise de voir soudain surgir non pas de la pulpe mais une pile d’or, d’argent et de pierres précieuses. La deuxième calebasse fut toute aussi généreuse et fit apparaître sous leurs yeux ébahis une belle résidence princière. La troisième gourde se mit à déverser de précieux tissus de soie et de brocart. A l’ouverture de la quatrième gourde, d’innombrables sacs de riz s’entassèrent à leurs pieds. Lorsque le dernier de ces fruits magiques fut ouvert, une armée de domestiques s’avança pour saluer Hungbu et sa famille et se mettre à leur service.

La nouvelle de la bonne fortune de Hungbu arriva bientôt aux oreilles de son frère qui, au lieu de s’en réjouir, en éprouva une grande jalousie. Il trouva bientôt un nid d’hirondelle qu’il détruit d’un jet de pierre. L’oiseau tomba à terre, blessé. Nolbu s’en saisi pour le soigner hâtivement avant de le relâcher en criant : « Allez, va-t-en maintenant et dépêche-toi de me rapporter à moi aussi une de tes graines magiques ! »

divers_004Et au printemps suivant, l’hirondelle ne manqua pas de faire tomber aux pieds de Nolbu une autre graine blanche. Ce dernier se hâta de la planter. A peine les fruits mûrs, il fit appeler sa femme et tous deux entaillèrent la première calebasse avec frénésie. Alors qu’ils s’attendaient à voir jaillir des richesses, ils furent soudain agressés par une horde d’insectes, de crapauds et de serpents. Nolbu ne baissa pas les bras et se dit qu’ils auraient peut-être plus de chance avec la deuxième gourde. Ses espoirs furent vite déçus tandis qu’une armée de petits diablotins se mit à leur poursuite en faisant tournoyer des massues.

Tout homme raisonnable s’en serait tenu à cela. Mais la convoitise de Nolbu était telle qu’il ne put s’empêcher d’ouvrir un troisième fruit. C’est un déluge de vase qui s’abattit alors sur eux, emportant tout sur son passage, y compris leur maison. Ayant tout perdu, jusqu’à son orgueil, Nolbu se présenta, honteux, devant son frère qui l’accueilli, lui et sa famille, à bras ouverts. Après les avoir nourris et réconfortés, Hungbu les invita à venir vivre sous son toit, sa demeure étant suffisamment spacieuse pour loger confortablement leur deux familles. Ainsi les deux frères furent-ils réunis et leurs familles vécurent heureuses et en harmonie, selon les vœux du grand-père.

Texte adapté du livre :
Two Brothers and Their Magic Gourds
Seoul International Publishing House (1986)

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