A la base, une bande-dessinée française signée Jacques Lob et Jean-Marc Rochette, initialement publiée en 1983. Trente ans plus tard, un film dont le budget s’élève à 40 millions de dollars, réalisé par Bong Joon-ho qui en coécrit également le scénario.

Les histoires post-apocalyptiques relatant des évènements dans un futur  qui se veut vraisemblable sont d’une part l’occasion d’un divertissement visuel de grande envergure où toutes les plus extrêmes folies sont permises, et d’autre part, une invitation à contempler d’un nouvel œil cette nature humaine qui conduit à des actes insensées, aisément répréhensibles lorsque l’on est bien confortablement installé dans un fauteuil de cinéma. Nous avons cette étrange faculté à nous sentir au-dessous de tout jugement à l’égard de l’Homme, de nous-mêmes. Nous sommes pour la plupart comme ces passagers voyageant en première classe : ignorants des drames qui se jouent pourtant quelques wagons plus loin. Car ce Transperneige, ce train salvateur qui fait le tour du monde sans jamais s’arrêter pour éviter l’emprisonnement dans les neiges, n’est autre qu’un microcosme de cette société dans laquelle nous vivons actuellement. Quelque soit la nature du malheur qui peut un jour nous anéantir, il est à craindre que les survivants conservent ce système hiérarchique décadent, cette structure corrompue qui distribue pouvoir et adversité de façon aléatoire, sans se soucier du mérite de chacun.

Malgré cette vision fataliste de l’humanité, le message ultime que l’on peut tirer de ce film reste profondément optimiste. Il existe des alternatives que l’on ne peut même pas commencer à considérer si notre esprit reste coincé dans une optique purement verticale ou horizontale (à l’image de Curtis, instigateur de la révolte au nom du wagon de queue et dont le seul objectif est d’atteindre celui de tête). Si l’on fait preuve d’un peu d’imagination, si l’on suit ses intuitions, si l’on se donne le courage de regarder en face le mur bâti au nom d’une sacro-sainte sécurité, on s’aperçoit qu’il y a là une porte donnant sur un monde neuf, vierge de tout préjugé, de toute dégénérescence morale ; la promesse d’une histoire alternative, meilleure, que nos descendants peuvent encore écrire.

Le Transperceneige (설국열차)

Réalisé par Bong Joon-ho

125 minutes

Avec : Song Kang-ho, Chris Evans, Tilda Swinton, Ed Harris, Jamie Bell, Ko Ah-seong

 

P.S. : Pour une dédicace de la BD, rendez-vous dans trois jours à Bucheon où vous pourrez y croiser les auteurs français, invités officiels du 16ème International Comics Festival de Bucheon qui se tient cette année du 14 au 18 août. (Site officiel du festival)