Alors que cette journée fut l'occasion de cérémonies commémoratives place de Gwanghwamun, elle permet aussi de faire un point sur ce qu'il s'est passé depuis le naufrage du ferry Sewol, le 16 avril 2014. Vous verrez, ce ne sera pas long.

  1. Les garde-côtes ont été dissous.
  2. Yoo Byung-eun, le propriétaire du ferry qui était recherché par la police, a été retrouvé mort le 12 juin (deux mois après la tragédie), quelque part dans la province Jeolla.
  3. Le capitaine du ferry, Lee Joon-Seok, a écopé de 36 ans de prison pour négligence et abandon de poste. (Il s'est fait secourir par les garde-côtes alors que plus de 300 passagers étaient encore à bord, dans les cabines, en train de se noyer.)

Et voilà. C'est à peu près tout. Maintenant, permettez-moi de faire la liste de ce qui ne s'est PAS passé depuis le naufrage :

  1. À l'heure actuelle, le navire repose toujours au fond de la mer.
  2. Neuf corps n'ont toujours pas été retrouvés.
  3. La présidente Park Geun-hye n'a pas assisté aux cérémonies commémoratives du mois d'avril dernier à Séoul. Elle s'est contentée d'un discours à Jindo, l'île proche du lieu de l'accident.
  4. Aucune personnalité « haut placée » n’a été à ce jour inquiétée par l’enquête.

Pour être tout à fait honnête, il faut reconnaître que le gouvernement a fait preuve de beaucoup zèle dans les mois qui ont suivis le drame, multipliant les arrestations, s'en prenant à la famille de Yoo ainsi qu'à ses collaborateurs suite à des accusations de détournements de fonds et d'évasion fiscale. Mais des beaux discours de la présidente qui déclarait vouloir mener l'enquête jusqu'au bout pour que la vérité éclate, il ne reste rien...

Pour Park, voyez-vous, l'affaire est bouclée. Le capitaine du navire et les membres de l’équipage ont eu ce qu'ils méritaient, tout comme Yoo (par la grâce d'une justice divine et expéditive). Il y a bien sa fille aînée, Yoo Som-na, que l’on essaye d'extrader de France... Mais à part ça, on a fait le tour des usuals suspects.

Vous voyez le problème : ça ne va pas plus haut.

Or pour obtenir des autorités les permissions nécessaires pour entreprendre des travaux allant à l'encontre des normes de sécurité (travaux comme ceux effectués sur le Sewol), il est clair que l'on doit graisser quelques pattes haut placées. Je répète : pour qu'un navire aussi peu aux normes que le Sewol ait été jugé “en règle”, apte à la navigation, il a bien fallu quelques pots de vin juteux… Yoo le milliardaire s'est sans doute montré généreux envers certains administrateurs.

Tout le monde le sait. Mais personne au gouvernement ne veut le reconnaître. Park agite donc ses épouvantails, pensant ainsi faire diversion et occulter le vrai problème : la corruption au sein de l’administration. Un tabou en Corée.

En avril 2015, la Corée a de nouveau pleuré ses disparus. Séoul s'est paré de jaune pendant un mois. On pouvait lire sur les banderoles des messages déchirants : « Il y a encore des gens à bord du Sewol. » « Nous n'oublierons pas. » Un certain nombre de parents de victimes étaient présents, la tête rasée en protestation suite à la décision du gouvernement d'accorder aux personnes mises en cause par l'enquête des postes à autorité au sein même de la Commission en charge de l'enquête !

 

Pendant plus d'une semaine, la place Gwanghwamun a été le théâtre de violents heurts entre forces de l'ordre et manifestants. Des parents de victimes, venus protester de manière paisible, ont été pour certains grièvement blessés par la police qui s'est montrée particulièrement brutale.

 


Le message est on ne peut plus clair : le gouvernement est intouchable et prêt à user de la force pour éviter d'avoir à se remettre en question.

Aujourd'hui, 500 jours après le drame, les pères et mères sans enfants sont revenus à Gwanghwamun témoigner.

 

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Alors prenons le temps d'écouter leurs demandes. Car finalement, que veulent ces parents ? La même chose que tout parent ayant perdu un fils ou une fille dans un accident évitable : que son enfant ne soit pas mort en vain.

Et pour éviter qu’une telle tragédie ne se reproduise, ils exigent un débat national sur la sécurité, une mise à plat des normes actuelles, un état des lieux pour mesurer l’ampleur des travaux qu’il est nécessaire d’effectuer pour mettre à niveau les dispositifs de sécurité actuellement défaillants un peu partout en Corée (rappelez-vous cet accident à un concert en octobre 2014, et cet autre encore, dans une station touristique en février 2014...).

Et enfin, ils demandent une véritable enquête digne de ce nom pour mettre à jour l'ampleur de la corruption qui ronge les institutions coréennes et qui, au final, coûte chère en vies humaines.

Au vue de la multiplication des catastrophes, on s’afflige des leçons toujours pas tirées...