08 septembre 2009
엄마의 휴가 - Mom’s Vacation
Au bout de vingt années de mariage, une femme au foyer entend pour la première fois dans la bouche de sa fille le mot « orgasme », dont elle ignore le sens. Son mari paraissant peu enclin aux explications, les esprits du parquet, du canapé, de la fenêtre et de la cuillère – qu’elle a astiqué avec amour pendant toutes ses années – décident de la récompenser en apaisant sa curiosité…
En compétition à la Mostra de Venise cette année, ce court-métrage de 22 minutes est une rafraîchissante comédie musicale au kitsch calculé mais néanmoins sympathique.
Titre VO : 엄마의 휴가
Titre VF : Les vacances de maman
Réalisateur : Kim Kwang-bok
Chef Opérateur : Choi Jung-soon
Scénario : Kim Kwang-bok
Acteurs : Kim Yae-ryeong, Kim Ju-bong…
03 mai 2009
허수아비들의 땅 – Land of Scarecrows
De tristes épouvantails régnant sans conviction sur une terre morte, un panneau "Défense d’Entrer" pas très convaincant, une tortue engluée dans de la vase noire… plus qu’une plaie dans le paysage, la décharge s’avère d’une toxicité perfide, infligeant d’étranges blessures aux habitants des environs, qui vont de simples démangeaisons à des dérèglement hormonaux. Dans cette campagne abandonnée, quelques bandeaux publicitaires vendent un peu de rêve, faisant l’éloge des mariages avec des filles d’Asie du Sud-Est. Jang Ji-suk, qui se croit homme emprisonné dans le corps d’une femme et dont l’épouse vient de le quitter, finit un jour par céder au besoin de combler sa solitude et s’envole pour les Philippines. Sur place, Rain Lopez, une jeune philippine, aimerait bien rencontrer le prince charmant coréen…
Deuxième opus du réalisateur Roh Gyeong-Tae (dont le premier film est sorti l'année dernière en France), cette Terre des Épouvantails est l’un des quatre long-métrages coréens à avoir été invités à Cannes cette année, où il sera diffusé dans le cadre de la programmation de l’ACID. Creux et prétentieux pour certains, poétique et visuel pour d’autres, ce film partage, peut-être à cause de son fragile équilibre, oscillant sans cesse entre espoir et défaitisme, candeur et perversité. Dans ce monde détraqué où tout le monde possède une opinion mais où personne n’apporte de solution, Rain semble être la seule à y voir clair. Désenchantée, elle se résigne à abandonner son rêve qui va pourtant se concrétiser de façon inattendue. Ne pas résister aux assauts du destin qui s’acharne souvent injustement, souffrir les tours parfois cruels qu’il peut nous jouer sans chercher à comprendre, serait-ce là la clé d’un certain bonheur, ou du moins, d’une paix intérieure ? Jang Ji-suk, qui finit par embrasser sa féminité, fera elle aussi une heureuse retrouvaille… un happy end certes hésitant mais néanmoins happy.
Titre en coréen : 허수아비들의 땅
Titre en anglais : Land of Scarecrows
Durée : 88 minutes
Réalisateur : Roh Gyeong-Tae
Date de sortie (Corée) : 30 avril 2009
Récompenses : New Currents Award (PIFF 2008) ; Kodak Award (SIFF 2008)
18 juillet 2008
놈놈놈 – The Good, The Bad and The Weird
Depuis qu’elle a vu 놈놈놈 (contraction de 좋은 놈, 나쁜 놈, 이상한 놈 que l’on a traduit en français par Le Bon, La Brute et le Cinglé) hier, Madame Choi essaye tant bien que mal de se remettre de ses émotions en se passant la B.O. en boucle. Oui, le film est à ce point jubilatoire et en plus du trio charismatique que forment Lee Byung-hun (A Bittersweet Life), Song Kang-ho (Memories of Murder, The Host) et Jung Woo-sung (Musa), je rajoute sans hésiter comme quatrième protagoniste la musique qui, à elle-seule, « fait » le film (ou du moins, les scènes d’action, qui composent 99,9% du film donc cela revient au même). Je pense bien entendu au génial morceau de Santa Esmeralda remixé par Tarantino pour sa tueuse en jogging jaune poussin, Don’t Let Me Be Misunderstood, et qui rendait déjà la bande-annonce si alléchante :
Découvrez Santa Esmeralda!
Bon, maintenant que nous avons la musique, si nous rajoutions quelques images pour nous mettre dans l’ambiance ? (Du eye-candy spécial dédicace à Odile !)
Esthétiquement parlant, on peut difficilement reprocher au film de ne pas avoir « de la gueule ». Ce qu’on peut lui reprocher en revanche, c’est peut-être son scénario un peu léger (mais les westerns ne souffrent-ils pas tous du même mal ?!) : dans la Mandchourie des années 30 où se côtoient Russes, Chinois et Chosun nomes (« homme de Choson », le nom de la Corée à l’époque) un brigand travaillant à son compte tombe par hasard sur une carte (au trésor ?) qu’un tueur à gages va chercher à récupérer par tous les moyens. Le chasseur de prime, lui, aimerait bien les capturer tous les deux pour empocher la récompense. Ajoutez à cela un gang de mad maxiens et une armée japonaise déchainée et vous avez là tous les ingrédients d’un western non pas spaghetti mais kimchi. Et oui, il n’y a pas que dans l’ouest américain que l'on sait manier le révolver et monter à cheval.
Si le gentil est gentil (mais un peu motivé par l’argent quand même, soyons honnête), le méchant est très méchant jusqu’au bout de ses dix neuf doigts (mais il beau donc il nous plait bien quand même), et le cinglé est un peu au milieu, un peu gentil, un peu égoïste mais qui a du cœur quand même (non, ce n’est pas un contresens), un peu chanceux et balourd à la fois. Bref, c’est sans doute le personnage le plus intéressant et le plus « creusé » des trois, superbement interprété par Song Kang-ho.
Le tournage de ce blockbuster annoncé fut un défi à la hauteur de son budget (17 millions de dollars – pas le plus gros budget de l’histoire du cinéma coréen, mais pas loin), avec quelques 400 personnes impliquées dans cette méga-production, un pari aussi risqué que les cascades des acteurs qui ont insisté pour les tourner eux-mêmes (et un bras cassé pour Jung Woo-sung, un !). Tourné dans des conditions parfois extrêmes (le désert chinois où vent et poussière forment un couple redoutable), le résultat n’en est que plus époustouflant et on ne peut s’empêcher d’imaginer toute la logistique derrière l’une des plus grandes scènes de poursuite jamais vu dans un western. L’ambition de Kim Jee-woon, le réalisateur, transparait dans chaque scène, à chaque plan. Ressusciter un genre dépassé à l’aide des nouvelles techniques aujourd’hui à disposition : un pari audacieux, et gagné semble-t-il, au vu de l’accueil que le film a reçu à Cannes où il fut applaudit par un public debout s’il-vous-plait. Oui, on en redemande ! (Bon, en attendant la sortie du DVD, je vais aller me remettre la bande-annonce, moi) :
The Good, The Bad and The Weird
Titre coréen : 좋은 놈, 나쁜 놈, 이상한 놈
Un film de Kim Jee-woon
avec Lee Byung-hun, Song Kang-ho et Jung Woo-sung
Date de sortie (Corée) : 17/07/2008
Date de sortie (France) : 10/12/2008
PS : Le film est ici interdit aux moins de 15 ans mais j'aurais dit plutôt -18 parce que la violence, même si elle est plus suggérée que montrée, reste assez brute. (Enfin, ce n'est que mon avis.)
11 juin 2008
우 생 순 – Notre Grand Moment
Je me doute que vous attendez tous la suite de notre première leçon de hangul (pour bientôt, promis), mais j’ai décidé de ressusciter en priorité la rubrique cinéma, en hibernation depuis cet évènement. Bien que je meure d’envie de vous parler de Iron Man, je vais m’autocensurer pour éviter le hors-sujet et traiter plutôt du dernier film coréen que j’ai vu en salle. Il s’agit de 우리 생애 최고의 순간 que l’on prononce Woo-ri Saeng-ae Choi-go-eui Soon-gan mais que l’on abrège souvent par 우생순 (Woo Saeng Soon), ce qui veut dire « Le plus grand moment de notre vie ».
Avant de vous raconter le film, quelques mots de sa réalisatrice dont c’est là du troisième long-métrage (et le premier succès commercial). Yim Soon-rye (임순례) aime titiller des thèmes souvent délicats voire tabous. Le public français a pu s’en rendre compte lors de la sortie au cinéma en 2003 de 여섯개의 시선 (« If you were me » en anglais), dont je parle plus en détail ici.
Basé sur histoire vraie, le film suit le parcours d’une poignée de femmes, pour la plupart mariées, avec un ou plusieurs enfants, et qui sont au foyer. Une passion toutefois les unie : celle du handball. Elles ont d’ailleurs rapporté de leur voyage en Espagne en 92, à l’occasion des Jeux Olympiques de Barcelone, de jolies médailles d’or pour la Corée du Sud. Un véritable exploit lorsque l’on sait que le handball n’est pas un sport très populaire en Corée et qu’il compte donc peu de clubs et peu de sponsors.
En vue des Jeux Olympiques d’Atlanta, on tente de reformer une équipe et l’on se rend soudain compte que finalement, les bonnes joueuses de hand ne sont pas légions. A court d’effectif, on décide alors de faire appel aux anciennes joueuses victorieuses en Espagne. Et là, comme vous pouvez vous en douter, on va assister à plusieurs clashs. Celui des générations d’une part, car ces vétéranes qui ont l’habitude de gérer leur foyer, leurs enfants, leur époux, se retrouvent du jour au lendemain obligées de partager une chambre avec des jeunes filles à peine sorties de l’adolescence, un peu rebelles et qui semblent avoir quelques problèmes avec leurs consœurs si autoritaires.
Ce problème avec l’autorité, nos « ajumas » (qui est le terme coréen pour désigner une femme mariée) l’ont aussi car elles n’apprécient guère leur entraîneur, lui-même ancien joueur de handball très populaire mais trop bellâtre à leur goût et dont elles ne vont pas hésiter à contester les méthodes, ni tester la patience d’ailleurs.
Toutefois, malgré leurs différents, nos équipières se serrent toujours les coudes contre un « ennemi » commun : lorsque deux jeunes handballeuses à la cantine se font brimer par d’imposantes athlètes que l’on soupçonne d’appartenir à l’équipe d’haltérophilie, une ajuma qui bien que deux fois plus petite et plus menue, vient tenir tête aux deux brutes qu’elle traite notamment de mauvaise graine. La cantine est soudain plongée dans un silence nerveux tandis que tout le monde essaye de se faire tout petit pour éviter de déplaire à ce petit bout de femme au caractère bien trempé. Ceux qui ont déjà visité la Corée se sont certainement vite rendu compte qu’il était préférable d’être dans les bonnes grâces des ajumas plutôt que de risquer d’encourir leur foudre. Mais c’est là un autre sujet.
Comme je l’ai déjà dit, nos sportives finissent pas trouver une cohésion au sein de leur équipe qu’elles mettent brillamment à profit jusqu’à atteindre la finale aux Jeux Olympiques d’Atlanta. On assiste alors à un match véritablement historique car au bout des deux prolongations, le score est toujours nul. Il faut donc passer l’épreuve des tirs au but. Bref, les amateurs de suspense sont gâtés. Sans vous donner le résultat final (que ceux qui sont fans de handball connaissent sans doute déjà), un dernier mot sur ce fameux « plus grand moment » dont il est question dans le titre et qui fait peut-être allusion à cet instant où l’on donne tout, sans compter, sans se réserver. Et ces femmes ont prouvé qu’il n’était pas nécessaire d’avoir un gros sponsor qui s’affiche ostensiblement sur les vêtements pour devenir des héros – ou dans ce cas précis, des héroïnes. En effet, quelque soit le sport, c’est avant tout l’histoire d’une passion qui se partage.
Autre moralité de l’histoire : ne surtout pas se fier aux apparences. Alors maintenant, lorsque vous croisez une ajuma dans la rue, demandez-vous si elle n’a pas quelques médailles olympiques cachées au fond de ses placards…
Forever the Moment
Titre coréen : 우리 생애 최고의 순간
Réalisé par Yim Soon-rae
Avec Moon So-ri, Kim Jeong-eun, Eom Tae-woong, Kim Ji-young
124 minutes
Sortie en Corée le 10 janvier 2008
11 mai 2007
Croisette, quotas et... crise ?
Pour sa 60ème édition, le festival de Cannes fera parler de lui du 16 au 27 mai prochain, ainsi que de quelques films coréens dont trois sont en compétition cette année : Breath (숨) the KIM Ki-duk et Secret Sunshine (밀양) de LEE Chang-dong pour les long-métrages, et le court My Dear Rosseta de YANG Hae-hoon, dans sa catégorie. Pour son premier film, le réalisateur CHUNG Isaac Lee (coréen-américain) s’offre la section Un Certain Regard, dans laquelle sera présenté Munyurangabo. Le festival permettra également de (re)découvrir le classique Bound by Chastity Rule du réalisateur SHIN Sang-ok, décédé en avril de l’année dernière. Enfin, le court-métrage A Reunion sera projeté dans le cadre de la sélection de la Cinéfondation.
Cette apparente « bonne santé » du cinéma coréen dissimule toutefois une toute autre réalité : la production cinématographie sud-coréenne est en effet net recul depuis l’an dernier. On peut accuser en partie les compromis concédés par le gouvernement coréen dans le cadre des négociations qui ont aboutis au Free Trade Agreement signé le 1er avril 2007 avec les Etats-Unis. En effet, le système des screen quota en place en Corée depuis 1993 obligeait les gérants de salles à diffuser des films coréens 146 jours par an, permettant ainsi à la production de résister assez efficacement à l’invasion de blockbusters hollywoodiens (analyse très complète sur le sujet ici). Or depuis le 1er juillet 2006, ce quota a été réduit à 73 jours par an. Mais cela ne semble pas être la seule cause d’essoufflement de la hallyu cinématographie. La fuite des investisseurs, déçus des résultats de l’année passée, peut également être à blâmer. On parle d’ailleurs déjà de crise...
Mise à jour du 18/05/2007 : Sur Han cinema, on confirme un serrage de ceinture imminent.
10 février 2007
« Demandez le programme ! »
Festivaliers du 57ème Berlinale (qui se tient cette année du 8 au 18 février), amateurs de cinéma coréen, le pays du matin calme s’invite en Europe avec pas moins de huit films au programme et dont voici la liste et les horaires. Vous constaterez en allant sur le site officiel que toutes les séances du
dernier film de PARK Chan-wook (qui a d’ailleurs fait le voyage avec ses deux têtes d’affiche, LIM Soo-jung et JUNG Ji-hoon) affichent déjà complet. I’m a Cyborg but that’s OK est en compétition avec Hyazgar (Desert Dream) du réalisateur sino-coréen ZHANG Lu, une production franco-coréenne. Parmi les autres films coréens du festival, Like a Virgin de LEE Hae-joon et LEE Hae-young, Ice bar de YEO In-gwang, Woman on the Beach de HONG Sangsoo, Dasepo Naughtly Girls de E. J-yong, No regret de LEESONG Hee-il et Ad Lib Night de LEE Yoon-ki. Bonnes séances...
Pendant ce temps-là, nous autres profiteront des dernières sorties françaises à Séoul, à savoir Paris, je t’aime et Fauteuils d’Orchestre (qui donne en Coréen « Les Amoureux de Paris »).
29 septembre 2006
The King and The Clown
Le KOFIC ayant rendu sa décision la semaine dernière, il ne nous reste plus qu’à patienter jusqu'au 23 janvier prochain – date de l’annonce officielle des films nominés pour la 79ème cérémonie des Oscars – pour savoir si The King and the Clown de LEE Joon Ik aura été retenu dans la catégorie Film Etranger. En attendant, retour sur ce film évènement qui, lors de sa sortie le 28 décembre 2005, a séduit près de 12 millions de spectateurs en seulement deux mois.
L’intrigue a pour toile de fond le règne mouvementé du roi Yeonsan (1476-1506), dixième monarque de la dynastie Joseon et auteur des deux premières purges de savants et érudits confucéens (en 1498 et 1502). Son despotisme, ses décrets obscurantistes et la violence de son tempérament, capricieux et grossier, le cristallisèrent dans l’histoire comme le pire des souverains ayant régné sur le royaume. Les annales de la dynastie, rédigées de façon impartiale par les historiographes de l’époque, se font cependant l’écho de son entichement pour l’un des baladins de sa cour. Cette prémisse inspira une pièce de théâtre, Yi, mettant en scène le roi Yeonsan, sa maîtresse Chang Nok Su et son bouffon favori, Gong Gil. Porté à l’écran, ce trio s’en est trouvé quelque peu bouleversé.
Le gracieux Gong Gil, comédien funambule dans une troupe de province, et dont les charmes
ne laissent pas insensibles les hôtes de leur spectacle, se voit souvent contraint de céder à leurs licencieuses avances, provoquant un jour la colère de son ami Jang Seng qui s’interpose. Un meurtre est commis et c’est la fuite irréfléchie. Cette échappée de la délivrance les mène à la capitale, où ils ont tôt fait se faire enrôler dans une nouvelle troupe. Parodier frondeur, Jang Seng se lance dans une mise en scène paillarde de la cour, personnifiant jusqu’au roi. Bien qu’au goût du public, connaisseur en matière de frasques royales, il déplaît aux officiels, prompts à les emprisonner et à les condamner. Jang Seng leur fait alors une proposition, le pari de la dernière chance mettant en jeu leur propre vie. Que le roi lui-même soit juge de leur spectacle. S’il lui déplaît, il pourra disposer de leur existence. Si en revanche, la pièce est à son goût… Et elle le sera, tout comme le jeune Gong Gil, dont les charmes ne passent pas inaperçus, même affublé d’un accoutrement grotesque. Le voici donc « invité » dans les appartements royaux, au grand dam de Jang Seng.
Otages des humeurs d’un souverain sensible à leur divertissement tout autant qu’aux dénonciations implicites des pièces qu’on leur impose, nos ménestrels deviennent instruments de représailles et se retrouvent bien malgré eux au milieu d’une tourmente politique sans précédent, causant à leur insu l’exécution de conseillers royaux dissidents, ainsi que de certains membres de la famille royale, soupçonnés d’avoir empoisonné la mère biologique du monarque dément. Reléguée au second plan, la jalouse concubine, impuissante à maîtriser les élans de son volage souverain, s’emploie à de viles combines pour assouvir sa vengeance et causer la perte de son rival.
Riche en couleurs qui sont autant de nuances dans la palette des sentiments mis en scène, allant de la luxure à l’amitié, en passant par l’amour, cette fresque semi-historique évoque le destin parfois clément mais souvent cruel de ces comédiens itinérants qui, prisonniers de ce palais impitoyable, ne s’appartiennent plus. Marionnettes burlesques ou caricatures cinglantes, ils savent le prix de la liberté, ces danseurs de corde à qui l’on pardonne le verbe osé, tant qu’il est prononcé sous un masque peinturluré.
The King and The Clown (2005)
Titre original : 왕의 남자 (Le garçon du roi)
119 minutes
Réalisé par LEE Joon Ik
Avec GAM Wu Seong, JEONG Jin Young, LEE Jun Ki et GANG Seong Yeon
Bande-annonce:
22 septembre 2006
Notre moment de bonheur
S’il n’y a qu’un film à voir ce mois-ci, c’est bien celui-là. Inspiré d’un roman, entretemps devenu un best-seller, l’histoire est celle d’un rendez-vous. Hebdomadaire. Tous les jeudis. De 10H00 à 13H00. Entre une jeune femme de bonne famille, et un condamné à mort pour homicide. Pourquoi elle ? Et lui ? Tout les sépare, et pourtant… Au fil de leurs entrevues, ils tissent les traits qui relient leur point commun, cette pesante solitude, fardeau de tous les porteurs de pénibles secrets. Alors qu’ils attendaient la mort, qu’ils l’appelaient de tous leurs vœux, les voici sourire, pleurer, hurler, aimer… en un mot, revivre. Autant le malheur s’éternise, autant le bonheur semble furtif, s’enfuyant déjà alors qu’ils venaient à peine d’y goûter.
Loin de se confiner au mélodrame, ce film est également une réflexion sur le pardon et le devoir, aussi injuste soit-il. Témoins de confessions intimes, les gardiens en viennent à s’attacher, à questionner la légitimité de cette peine capitale, à regretter ce geste qui met brutalement fin à une existence, pourtant rachetée. Lourde responsabilité que de juger ainsi sans appel. Sans s’embourber dans le terrain glissant des émotions, nos acteurs discrètement s’effacent en faveur de leur personnage, empreint de sincérité et de retenue. Quelques flocons de neige. Souvenir d’enfance. Les balbutiements d’un timide soleil d’hiver. Son visage, presque effleuré. Un gâteau en vitrine… La magie opère. Sans artifice ni grosse ficelle. « 살고싶어졌읍니다. » « J’ai retrouvé envie de vivre. » Et nous aussi.
Mention spéciale pour GANG Dong Won qui, avec ce nouveau rôle, s’éloigne du registre beau brun ténébreux (toute midinette digne de ce nom avait déjà remarqué sa prestance dans Duelist) et confirme désormais le talent qu’on lui soupçonnait.
Our Happy Time (Maundy Thursday)
Titre original : 우리들의 행복한 시간
120 minutes
Réalisé par SONG Hae Seong
Avec GANG Dong Won et I Na Yeong
Sortie (KR) : 14 septembre 2006
Bande-annonce :
23 août 2006
Un cœur de Madonna dans un corps d’Hercule
Enfant, il chantait Like a Virgin les lèvres barbouillées de rouge. Adolescent, il accumule les petits boulots dans l’espoir d’économiser suffisamment pour un jour se payer l’opération chirurgicale qui va changer sa vie (ou du moins, son genre) et matérialiser son idylle avec le professeur de Japonais qu’il vénère en secret. Lorsque son camarade de classe, en quête de sa propre identité, décide de s’inscrire à un cours de Ssireum (lutte coréenne), Dong Gu tente de l’en dissuader. Suite à la rencontre fortuite avec l’entraîneur, convaincu du potentiel de Dong Gu, ce dernier fini par se faire enrôler à la place. Sa motivation ? Le montant de la récompense décernée au vainqueur de la prochaine compétition de lutte qui mettrait enfin son doux rêve à portée.
Petit budget oblige, le réalisateur s’en remet entièrement à la sensibilité de ses personnages, la performance de ses acteurs et l’anticipation des situations cocasses que promet la rencontre improbable entre un jeune garçon au cœur de diva et une bande de lutteurs virils qui en imposent. Evitant l'écueil de la caricature grotesque, le film démonte joyeusement toutes sortes de préjugés pour laisser place aux sentiments qui, fugaces ou persistants, sont finalement les seuls capables de meurtrir au-delà de la chair. Ainsi un père peut-il accepter un fils efféminé mais pas un fils lutteur car, boxeur raté, il sait le sentiment d’échec de la deuxième place qui ronge le cœur et sape l’amour-propre. Mais en fin de compte, l’essentiel n’est-il pas de toujours rester fidèle à soi-même ? Telle est le message de cette comédie douce-amère, où rires et larmes se succèdent dans les remous d’une vie qui, ma foi, serait bien fade sans Madonna.
Cheonha Jangsa Madonna (2006)
Titre anglais : Like a Virgin
116 minutes
Réalisé par LEE Hae Joon et LEE Hae-Young
Avec RIU Duk Hwa, BAEK Yoon Sik, LEE On et KUSANAGI Tsuyoshi
Sortie (KR) : 31/08/2006
Bande-annonce :
30 juillet 2006
L'Hôte
Sorti cette semaine, The Host, le nouveau film de Bong
Jun-Ho qui nous avait déjà gratifiés du palpitant policier/thriller Memories of
Murder (2003), est en train de battre plusieurs records en Corée dont celui de meilleur
démarrage avec 1 087 942 spectateurs en l'espace de deux jours. Difficile
de classer cette œuvre qui relève à la fois du drame, du fantastique, de l’horreur
et de la comédie (!). Malgré son titre, l’histoire est avant tout celle d’une
famille un peu paumée, dont l’unique joie est incarnée par la fille-petite-fille-nièce
qui, un beau jour, est enlevée par une espèce d’amphibien monstrueux, fruit inattendu
d’une pollution toxique provoquée par (devinez qui) les militaires américains basés à
Séoul, peu soucieux du respect des réglementations et de l’environnement. Après
quelques scènes bien sanglantes en hors d’œuvre, la chasse devient partie de
cache-cache, obligeant nos antihéros à braver la menace d’un virus que fait
planer l’armée américaine et à se faire spéléologues pour explorer les tunnels
et cavités souterraines des rives du fleuve Han.
Servi par une excellente brochette d’acteurs aux visages familiers (la plupart ont fait leur apparition dans MOM), le film s’englue pourtant dans un certain « cartoonisme » et peine à aller jusqu’au bout de son propos. Entre l’humour et l’horreur, la mayonnaise ne prend pas, d’où cet insatisfaisant résultat mi-chèvre mi-chou dont l'émotion - à l'exception de quelques sursauts - est absente (le comble pour un film de monstre.) Bong réussi toutefois à toucher l’envahissante Amérique là où cela fait mal, autrement dit, sous les « couvertures » brandies en vérité pour couvrir leurs boulettes et manipuler les foules et qui aujourd’hui, ne trompent plus personne, y compris le coréen moyen qu’ils avaient jusqu’à présent sous-estimé. Ce propos est superbement interprété par Song Gang-Ho, le papa raté et un peu sot qui, au terme d’un aveu surpris en anglais, prononce les mots : - no virus ?
The Host (2006)
Titre coréen : Gui Mul
119 minutes
Réalisé par Bong Jun-Ho
Avec Song Gang-Ho, Byeon Hee-Bong, Park Hae-Il, Bae Doo-Na
et Go Ah-Seong




