27 février 2008
집들이 ― pendaison de crémaillère
Avec la rentrée scolaire au mois de mars, les grandes vacances en Corée sont celles d’hiver et coïncident en toute logique avec la saison des déménagements. Ces dernières semaines, le ballet incessant des monte-charges s’étirant entre ciel et terre augurent moult pendaisons de crémaillère. Mais au fait, quoi offrir à ceux qui s’installent dans un nouveau nid ? Habituellement, les coréens pensent plus à l’utile qu’à l’agréable et dans la catégorie des indispensables du quotidien, les grands vainqueurs sont :
- le pack de 50 rouleaux de papier hygiénique ;
- le carton de lessive ;
des cadeaux qui, quelque soit la quantité reçue, serviront sans nul doute un jour ou l’autre. Toutefois, on a constaté dernièrement que la jeune génération s’enhardit à acheter des présents on ne peut plus extravagants tels que :
- la fontaine zen façon « Nature & Découvertes » ;
- des verres de vin (très à la mode, le vin en Corée) ;
- des plats de service décoratifs…
Si on ne peut même plus compter sur sa pendaison de crémaillère pour faire le plein de papier-toilette, mais où va-t-on ?!
09 février 2008
Seollal – Se divertir
Nous sommes entrés dans l’année du Rat, mais les festivités ne sont pas terminées pour autant. En effet, la plupart des palais de la capitale (Changgyeonggung, Gyeongbokgung, Deoksugung) offrent aux visiteurs la possibilité de jouer à divers jeux traditionnels parmi lesquels ceux déjà mentionnés à l’occasion de Chuseok. Pour compléter la liste, voici d’autres activités auxquelles s’adonner au moment des fêtes :
- 연날리기 – faire voler un cerf-volant (le cerf-volant traditionnel coréen est de forme rectangulaire et doté d’un trou en son centre) ;
- 제기차기 – faire rebondir un volant avec le pied ;
- 투호 – une variante du jeu de fléchettes avec de longs bâtons que l’on doit lancer dans une jarre.
Un grand favori de Madame Choi, le 윷놀이 (jeu de Yut) est le divertissement idéal lorsqu’on a une dizaine de personnes à la maison qui s’ennuient et qu’il fait trop froid pour sortir. En voici les règles :
Préparez tout d’abord un tapis de jeu (une fine couverture pliée en deux fait souvent
l’affaire). Divisez tout votre petit monde en deux équipes que vous installez autour du tapis en alternance. Préparez vos quatre bâtonnets de yut, vos chevaux (4 par équipe) et le tablier de yut sur lequel est tracé le chemin à parcourir ainsi que les raccourcis que l’on peut emprunter (illustré ci-dessous).
Une personne de chaque équipe lance les bâtonnets sur le tapis pour déterminer qui démarre en premier. Pour comptabiliser les bâtonnets qui possèdent tous deux faces (l’une bombée et souvent décorée pour la distinguer de l’autre, vierge et plate), il suffit de compter comme suit :
- Une face plate vers le haut = 1 (도)
- Deux faces plates vers le haut = 2 (개)
- Trois faces plates vers le haut = 3 (걸)
- Les 4 bâtonnets faces plates vers le haut = 4 (윷)
- Zéro face plate vers le haut = 5 (모)
Une fois que l’on a déterminé l’équipe qui prend la main, le jeu (dont le but est de faire faire à ses 4 chevaux le tour du tablier le plus rapidement possible) peut commencer.
A chaque fois que l’on obtient un 4 ou un 5, on peut rejouer. On rejoue également lorsqu’on « mange » un pion de l’adversaire (qui se voit alors contraint de recommencer au début).
Pour pouvoir emprunter les raccourcis (les diagonales du carré), il faut impérativement tomber sur l’intersection. Sinon, on est obligé des poursuivre le tracé du carré.
On peut faire se chevaucher jusqu’à trois pions (de la même équipe) maximum. On a alors plus de chance de terminer rapidement mais l’on risque aussi beaucoup gros.
Dans les règles version Gangnung (la ville d’où sont originaires les Choi), l’un des bâtonnets possède un rond noir sur sa face plate. Lorsque l’on obtient ce rond noir (quand tous les autres bâtonnets sont à plats sauf celui-ci), on est obligé de reculer d’une case (ce qui peut ralentir mais aussi, dans certains cas, permettre d’attraper un pion de l’adversaire qui nous suivait de trop près).
Toujours selon la version Gangnung, un autre bâtonnet possède sur sa face plate la mention 서울 (Séoul). Lorsque l’on obtient un « Séoul », on peut alors directement placer son pion sur la case au centre du carré (le raccourci suprême !). Mais un « Séoul » peut aussi être pénalisant si l’on était déjà plus près de l’arrivée.
Sur ce, bon jeu et bonne année !
04 février 2008
Seollal J-3 – Se régaler
Qui dit Seollal dit table d’offrande aux ancêtres (차례상) ; et qui dit table d’offrande dit banquet de fête ! Mais avant de s’empiffrer, festoyons d’abord avec les yeux car cette table d’offrande tient plus de l’œuvre d’art que du repas. En effet, les aliments sont préparés puis posés sur la table selon des règles bien précises :
- Positionnée en direction du nord, la table est garnie en cinq rangées ;
- La première rangée (en partant du sud) est réservée aux fruits et aux gâteaux frits avec les fruits secs (comme les jujubes, les châtaignes et les kakis séchés) posés côté ouest, les fruits frais (poires, pommes) au centre et les gâteaux frits (au riz et au miel) à l’est ;
- La deuxième rangée se compose de légumes et plantes potagères de trois couleurs différentes (épinards, fougères, campanule), de poisson séché et d’une boisson (du 식혜 par exemple, à base de riz fermenté) ;
- On trouve à la troisième rangée une série de consommés (bouillon de bœuf, soupe de poisson, potage de viande) ;
- La quatrième rangée accueille les aliments sautés ou frits tels que brochettes de viandes, crêpes de légumes, poisson sauté « à la milanaise », tofu frit… ;
- Enfin, tout au nord, on trouve les verres d’alcool, les ustensiles (cuillères et baguettes) et les fameux bols de soupe de pâte de riz (떡국), plat emblématique du nouvel an lunaire ; la pâte de riz blanche découpée en rondelles évoque le soleil dont c’est le premier lever de l’année.
Au risque de décevoir les gastronomes, Madame Choi ne donnera pas la recette de cette soupe dont les subtilités lui échappent encore. En revanche, voici celle des 율란, des boules de châtaignes à la cannelle que l’on déguste volontiers au moment des fêtes. (La recette provient du livre Lee Wade’s Korean Cookery, acheté sur Seoul Selection pour la modique somme de 6,50 €).
Ingrédients :
- 600g de châtaignes ;
- 4 cuillères à soupe de miel liquide ;
- 1 cuillère à café de cannelle en poudre ;
- 3 cuillères à soupe de pignons de pin écrasés.
Faites cuire vos châtaignes avec leur écorce dans une casserole d’eau bouillante jusqu’à ce qu’elles soient tendres, puis épluchez-les et écrasez-les dans un saladier.
Assaisonnez avec le miel et la cannelle en mélangeant bien.
À partir de cette purée, modelez des boules que vous roulez ensuite dans vos éclats de pignons de pin (étape que Madame Choi a sauté, faute de pignons).
Vous pouvez aussi tenter de recréer la forme initiale de la châtaigne (sorte de triangle empâté, comme illustré ici). Dans ce cas-là, ne recouvrez que la base de pignons de pin ou de cannelle, au choix. (J’imagine que l’on peut aussi les tremper dans de la poudre d’amande ou de cacao, pour varier les plaisirs.)
PS : depuis l’arrivée de Madame Choi dans la famille, les gâteaux frits ont été remplacés par un kouglof maison, fort apprécié qui plus est.
31 janvier 2008
Seollal J-7 – Saluer les aînés
Une fois toute la famille réunie et avant de commencer les festivités du nouvel an, chacun a le devoir de payer ses respects aux aînés (à l’exception du patriarche, bien évidemment.) Il ne s’agit pas là d’une simple courbette car il faut se prosterner jusqu’à terre. Le 절 (la révérence) s’effectue habituellement en plusieurs temps. Mais avant de commencer, sachez que lorsque vous saluez en couple, l’homme doit se placer du côté est et la femme, du côté ouest. Une fois que vous aurez déterminé la position de vos points cardinaux :
- Croisez vos mains (la main gauche sur la main droite pour les messieurs et la main droite sur la main gauche pour les demoiselles) ;
- Soulevez ensuite les coudes à l’horizontal en portant vos mains à hauteur de poitrine pour les garçons, et à hauteur d’épaule pour les filles, tout en baissant la tête ;
- Agenouillez-vous en pliant d’abord la jambe gauche et en courbant le dos jusqu’à ce que vous posiez les mains (toujours jointes) à terre ;
- Fléchissez ensuite la jambe droite et croisez vos bouts de pied (le pied droit sur le gauche) puis posez les coudes à terre et le front sur vos mains jointes (les femmes sont dispensées de se pencher aussi bas et se contentent souvent de s’incliner à 45° en gardant un genou debout et en posant les mains à terre, de par et d’autre de leur pieds) ;
- Après quelques brèves secondes dans cette position, relevez-vous en soulevant d’abord vos coudes et votre dos (mais en gardant la tête courbée), puis dépliez la jambe droite en premier ;
- Poussez sur votre genoux droit pour vous redresser puis, une fois debout, joignez les pieds ;
- Enfin, effectuez une deuxième révérence, debout (courbez-vous disons à 80° à peu près).
Une image vaut 1000 mots dit-on. Aussi, trêve d’explications tortueuses. Place aux illustrations. Heureusement pour vous, il reste encore une semaine pour vous entraîner.

PS : si vous êtes une femme et que vous portez le hanbok, vous pouvez toujours vous asseoir en tailleur lorsque vous faites la révérence, mais Madame Choi vous met au défi de vous relever avec élégance et dignité de cette position-là…
29 janvier 2008
Seollal J-9 – S’habiller
Les festivités de Seollal (comprendre « Nouvel An Chinois ») sont l’une des rares occasions de voir s’afficher en public le costume traditionnel coréen ou hanbok. Seuls les femmes et les enfants sont concernés, les hommes lui préférant depuis longtemps le costume occidental, plus confortable. Le costume féminin est composé d’une haute jupe ample serré sous les aisselles et d’un boléro tandis que les garçons portent un pantalon large mais serré aux chevilles accompagné d’une veste. Caractérisé par des couleurs éclatantes et une silhouette arrondie, le hanbok semble gagner en popularité en Occident. En plus d’avoir fait l’objet d’une publicité pour de grandes Galeries, il a notamment inspiré le géant Mattel pour sa Barbie® Princess of the Korean Court™ (collection 2005 Dolls of the World) (merci Polly pour l'info !). On le retrouve même dans le jeu de rôle en ligne World of Warcraft en quatre versions ! (Ci-dessous, le hanbok nuptial vert foncé et le hanbok traditionnel blanc.)
Ceux ayant déjà croisé un hanbok dans la rue remarqueront tout de suite que Blizzard a négligé l’une des spécificités de ce costume : le nœud du boléro ! Car c’est tout un art de nouer ce ruban. Voyez un peu :

- Commencer par croiser le ruban court de gauche par-dessus le ruban long de droite ;
- Faites ensuite passer ce ruban court (celui que vous venez de croiser par-dessus) sous le ruban long et faites-le sortir par le haut ;
- Faites une boucle avec le long ruban du bas, puis tirez le ruban court vers le bas ;
- Avec la main gauche, prenez le ruban long et avec la main droite, faites passer le ruban court par dessous puis attrapez-le par le haut ;
- On ajuste ensuite le nœud en tirant délicatement du bas vers le haut ;
- On laisse ensuite les deux bouts de ruban tomber naturellement (il devrait y avoir un écart de 5 à 7cm entre les deux).
Franchement, on a vu plus alambiqué comme nœud. Plus d’excuse pour faire l’impasse sur le hanbok cette année !
PS : Porter le hanbok le 7 février prochain vous permettra en plus d'entrer gratuitement dans les palais et parcs où sont habituellement organisés divers jeux traditionnels à l'occasion de ces jours de fête.
14 janvier 2008
Joyeux jour du … journal intime ?
Comme son nom l’indique, le Diary Day est le seul jour de l’année où l’on s’offre des agendas. Mais pas à n’importe qui ! Cette coutume concerne essentiellement les jeunes tourtereaux qui fêteront 1 an de relation amoureuse le 14 février prochain. Pour ces heureux oiseaux-là, ces 11 derniers mois auront été ponctués d’anniversaires mensuels que l’on appelle ici les 포틴스데이 (Fourteenth Day) et qui marquent à chaque fois une nouvelle étape franchie dans la relation et dont voici l’ordre chronologique :
Tout aura commencé un jour de Saint-Valentin, par une boîte de chocolat ou de friandises offert par la demoiselle ;
- S’il en est ému, Monsieur récidivera avec de la guimauve, le 14 du mois suivant, à l’occasion du White Day ;
- Le 14 avril, pendant que les heureux couples apprennent à se connaître, les célibataires iront noyer leur chagrin dans un bol de nouilles noires ou une tasse de café noir, vêtus de noir bien entendu (c’est l’impitoyable Black Day) ;
- Le 14 mai s’appellera Rose Day pour les uns qui s’offriront de romantiques bouquets de roses dont ce sera la saison, et Yellow Day pour les âmes seules qui feront éclater leur solitude au grand jour en portant des habits jaunes et en se régalant de… curry ;

- Le 14 juin sera un grand jour pour nos tourtereaux car il s’agit du Kiss Day ! Ceux qui auront sagement attendu jusque là auront donc le droit de s’échanger un premier bisou ; quant à ceux qui ne sont pas encore en couple, ils pourront toujours essayer d’embrasser les autres célibataires qu’ils croiseront en chemin…
- Le Silver Day est une journée qui coûtera un peu plus chère que d’habitude car nos amoureux s’y échangeront des bijoux en argent ;
- Le 14 août, alors que la canicule battra son plein, ils partiront prendre l’air à la montagne à l’occasion du Green Day et en profiteront pour se prendre par la main, loin des regards indiscrets ;
- En septembre, ils fêteront ensemble le Music Day ou Photo Day, en se prenant tous les deux en photo et en se présentant mutuellement leurs amis respectifs (à l’occasion d’un concert par exemple – pour rester dans le thème du jour), histoire de rendre public leur statut de couple ;
- Le 14 octobre est le Red Day, qui porte aussi le nom de Wine Day ; les couples se mettront sur leur 31 et sortiront dans un grand restaurant pour tailler une bavette autour d’une bonne bouteille.
Un mois plus tard, le Movie Day offre aux couples une nouvelle occasion de se retrouver seuls dans le noir ; les autres se contenteront d’aller boire un verre de jus d’orange car ce jour est aussi le Orange Day (surtout, ne pas attendre ce jour-là pour manger des oranges pleines de vitamines !) ;
- 14 décembre : nous sommes cette fois-ci au cœur de l’hiver et pour se réchauffer mutuellement, les amoureux auront l’excuse du froid pour se prendre dans les bras en ce jour de Hug Day ; appelé aussi Money Day, on dépensera sans compter pour oublier le temps glacial et passer une journée agréable ensemble ;
- Nous arrivons donc au 14 janvier, Diary Day, consacré à l’échange d’agendas que les couples auront préalablement remplis avec leur anniversaire et toute autre date importante à ne pas rater.
28 novembre 2007
It’s that time of the year again
Ce lundi, Madame Choi a fait son premier kimjang ! Ou plutôt, belle-maman a fait son kimjang et Madame Choi a pris des photos… Rappelons brièvement le principe du kimjang : fermenter suffisamment du choux chinois (ou pe-tsaï, comme se plaît à l’appeler Wikipédia) pour tenir jusqu’au printemps, ou plus exactement, jusqu’aux prochaines récoltes de choux. En pratique, la fabrication de kimjang est extrêmement physique. Prévoir donc une bonne dose d’huile de coude en plus des principaux ingrédients qui sont les suivants :
- du chou qui a dégorgé pendant au moins 24 heures ;
- du 양념 (yang-nyeom, la préparation qui va servir à assaisonner le chou).

(Et plein de boîtes vides pour stocker le résultat).
Bien évidemment, la réussite d’un bon kimjang va dépendre essentiellement de cet assaisonnement, dont chaque famille détient le secret. Chez les Choi, le yang-nyeom contient notamment du radis chinois, de l’ail, du gingembre, du piment rouge en poudre, des ciboules, du riz gluant bouilli, du bouillon à base de laminaire, d’anchois et d’oignons, des crevettes saumurées, du jus d’anchois et des graines de sésame noir. Impossible ici de vous en dévoiler la recette, car comme toute bonne cuisinière coréenne, belle-maman ne pèse et ne mesure rien :
- Tiens, verse-moi du piment rouge sur le radis.
Madame Choi en saupoudre un bol entier.
- Encore.
Nouveau bol de piment rouge.
- Encore un.
Madame Choi obtempère diligemment.
- Voilà c’est bon.
Belle-maman plonge les mains dans la montagne de radis émincé qui rempli toute une bassine.
- Rajoute les ciboules, et puis l’ail et le gingembre écrasé pendant que tu y es. Bon, maintenant, verse le riz gluant. Et puis un peu de bouillon, juste un peu… ça suffit !
Elle touille son yang-nyeom.
- Bon, maintenant, on va rajouter les crevettes saumurées. Allez, encore une louche… voilà, c’est bon.
Elle jette un œil au résultat :
- Ce n’est pas assez rouge. Rajoute donc encore du piment. Et puis verse aussi le jus d’anchois. Vide la bouteille, ça devrait suffire.
Après encore quelques ajustements, l’assaisonnement est enfin prêt mais le travail est loin d’être terminé. Il y a une vingtaine de choux en train d'égoutter qui attendent d'être coupés en quatre et garnis de cette sauce relevée à souhait. Et par « garnir », on entend « enduire chaque feuille » et pas seulement enrober le chou à l’extérieur. Madame Choi retrousse ses manches et enfile ses gants jetables. Après tout, c’est elle qui a insisté pour participer à la préparation du kimjang…

Quelques heures (et courbatures) plus tard, le dernier quart de chou se faisait lacérer pour être consommer le soir même en 겉저리 aux huîtres fraîches. Une délicieuse récompense pour notre dur labeur...
17 novembre 2007
빼빼로 데이 – La Journée Mikado
Non, il ne s'agit pas du jeu des baguettes à extraire de leur pile sans faire bouger les autres, mais de la petite faiblesse qui vous perdra (un jour peut-être). Les amateurs profitent sans doute des soldes de cette semaine sur les invendus de dimanche dernier pour faire le plein de baguettes chocolatées. Mais au fait, que se passait-il dimanche dernier ? Nous étions le 11 novembre, journée particulière dans de nombreux pays : l’Angola fêtait 32 ans d’indépendance, la France commémorait l’armistice de 1918, les Etats-Unis célébraient ses vétérans, tandis qu’au Japon et en Corée, on croquait des Mikados. Commercialisées en Corée par le tout puissant chaebol Lotte Group sous le nom de Pepero, le biscuit possède en effet son propre jour de fête. Par analogie de forme, le 11/11 fut décrété Pepero Day depuis 1994 en Corée et 1999 au Japon. Son inventeur, fort au fait de l’engouement des coréens pour ces jours à cadeaux sucrés, mériterait le prix Nobel du marketing commercial (si cette chose-là existait). Pour mieux faire passer cette pilule mercatique et légitimiser (oh le barbarisme) la célébration, on essaye d’alimenter un « mythe fondateur » impliquant des collégiennes de Busan qui auraient pris l’habitude de s’offrir ces baguettes pour se souhaiter les unes les unes une silhouette aussi élancée que le fin biscuit. N’y aurait-il pas comme un contresens dans cette affirmation ? (S’offrir des gâteaux pour garder la ligne... les filles sont plus futées que cela tout de même !)
Suivant le même raisonnement analogique, ce jour est aussi appelé necktie day (jour de la cravate), 젓가락 데이 (jour des baguettes – celles qui servent à manger), 가래떡 데이 (jour du gâteau de riz « garae », de forme allongée), 지팡이 날 (jour de la cane), 장어 데이 (jour de l’anguille) et ainsi de suite. Ce que l’on sait peut-être moins, c’est que le 11 novembre est également la fête des agriculteurs (농업인의 날). La date ne fut pas choisie par hasard : en effet, si l’on écrit 11/11 en caractère chinois, cela donne 土月土日 (contraction de 十一月十 一日). Le sinogramme 土 (흙, 토) représentant la terre y apparaît deux fois, comme c’est expliqué ici (KR). Malgré tout, n’oublions pas que pour beaucoup de monde, le 11 novembre reste finalement un jour comme un autre. Madame Choi, elle, ne serait pas contre un Choco Pie Day...
(Publicité coréenne pour le Pepero, intitulée « Manière amusante de manger un Pepero »)
24 septembre 2007
Chuseok
Cette année, le plus grand jour de fête en Corée – à savoir Chuseok – tombe demain, mardi 25 septembre. Les coréens ont donc droit à trois jours fériés, ce qui ne veut pas dire que se sont trois jours chômés, loin de là. Une grande partie de ce long week-end va être passée dans les transports car de nombreux citadins prennent d’assaut les autoroutes pour aller retrouver leur famille en province. Une fois sur place, les femmes investissent la cuisine où sont préparés les nombreux mets qui viendront garnir la table d’offrande. Puis au petit matin du 15 août lunaire se déroule la cérémonie proprement dite, expression de notre gratitude envers nos ancêtres qui veillent sur nous et sur nos récoltes.
Ceux qui sont encore dans la capitale peuvent profiter des jeux traditionnels mis à leur disposition dans l’enceinte du palais de Gyungbok (entrée gratuite pour ceux vêtus du costume traditionnel), et d
ont les plus populaires sont sans doute les suivants :
- 널뛰기, la bascule (deux personnes sautent alternativement sur les extrémités d’une planche posée en équilibre sur un support – pas du tout évident) ;
- 팽이, la toupie
- 윳놀이, le jeu de yut (l’équivalent de notre jeux des petits cheveux avec des bâtonnets en guise de dés)
Sur ce, on vous souhaite un bien joyeux Chuseok et un retour des plus sereins.
12 septembre 2007
백일 – la fête des 100 jours
Héritage d’une lointaine époque où le taux de mortalité infantile était encore élevé, la célébration des cent jours est en quelque sorte le premier anniversaire de bébé. Pourquoi 100 jours ? Parce que si l’enfant survivait ses trois premiers mois d’existence, on pouvait raisonnablement considérer qu’il était en bonne santé et qu’il allait vivre encore longtemps. Les 100 jours sont donc l’occasion d’une célébration en famille durant laquelle le bébé reçoit notamment une bague en or pur (금반지), le précieux métal étant censé lui accorder santé, prospérité et longue vie. En illustration, la bague reçue par bébé Choi, décorée de deux petits piments.
Ce fruit au goût des plus relevés est depuis toujours associé aux garçons (le terme 고추 est d’ailleurs l’équivalent coréen de notre très poétique « zizi ») et à leur naissance, on ne manquait pas de suspendre une guirlande (금줄, un accessoire très chamaniste) de piments rouges et de charbon (parfois en alternance avec des feuilles de papier blanches et des brindilles de pin) devant la porte, pour annoncer la bonne nouvelle. A la naissance d’une fille, on se contentait d’une guirlande de charbon. Là encore, ces symboles ne sont pas anodins : le piment est choisi pour sa couleur rouge qui protège des mauvais esprits ; le charbon aux vertus assainissantes (notamment utilisé dans la fabrication de la sauce de soja) agit comme purificateur pour rendre le lieu sacré ; le papier est la promesse de richesse et d’une vie confortable ; et les brindilles sempervirentes représentent l’intégrité et l’honneur.
Mais revenons aux 100 jours qui requièrent une table de fête bien garnie : on y trouvera invariablement du 백설기 (白雪糕), un gâteau de riz immaculé (d’où son nom, signifiant mot pour mot 흰눈떡, autrement dit, « gâteau de riz blanc comme neige ») que l’on partageait autrefois avec une centaine de personnes. Cette tradition a depuis été abandonnée car relativement contraignante (les 100 personnes en question étant censés offrir un cadeau en retour). Parmi les autres plats typiques de ce jour de fête, l’incontournable soupe aux algues, des légumes verts, du riz blanc, de la viande (un bulgogi par exemple) et pourquoi pas, un festif japchae. Un banquet dont bébé ne profite malheureusement qu’avec les yeux. Il lui faut attendre son premier anniversaire (첫돌) pour pouvoir participer au festin…








