01 décembre 2007
Bébé Choi sous toutes les coutures
En Corée, pas de besoin de boule de cristal pour tenter d’entrevoir ce que l’avenir réserve à son bout d’chou : il suffit de s’attarder quelques instants à l’observation de certains détails morphologiques et comportementaux que les anciens auront tôt fait de nous en dévoiler les secrets.
- Commençons par les bonnes nouvelles, avec les oreilles dont les lobules ronds comme des bourses pleines de sous garantissent prospérité. Toutes les représentations de Bouddha portrayant de gigantesques lobes sont là pour nous rappeler qu'il était né prince ;
- Autre garant d’un avenir fortuné, des mains épaisses et biens dodues (remarquez, tout est boudiné chez les bébés) ;

- On dit aussi d’un poupon qui attrape ses pieds pour les mettre à la bouche qu’il sera un enfant sage ;
- En revanche, celui qui aime prendre son bain risque d’avoir un petit penchant pour la boisson. (Et un mauvais point pour bébé Choi, un !)
- Les deux premières dents de lait poussent en même temps ? Le prochain bébé sera identique au premier, dit-on (un garçon en l’occurrence). Une déduction que vient confirmer la préférence de bébé Choi pour la marche-arrière, que ce soit en rampant ou debout.
- Avoir un bébé sous la main présente de nombreux avantages, notamment celui de servir occasionnellement de baromètre. Guettez donc la bulle aux lèvres, signe de pluie… (Je ne sais pas si la salive compte alors dans le doute, prévoyez une parka.)
31 octobre 2007
Champignon protidique et racine centenaire
Contrairement à nous autres, pauvres occidentaux qui, après des décennies de malbouffe, commençons à peine à admettre l’existence d’un lien entre santé et alimentation, les coréens ont depuis toujours conscience que bonne santé rime avec bon manger (comme le prouve le dicton « 밥이 약이다 » qui signifie « la nourriture, c’est le remède. ») Notre engouement pour les régimes (comme la macrobiotique par exemple) doit bien les amuser, eux qui cuisinent depuis longtemps selon des principes respectueux de la complémentarité des aliments dits yin avec ceux plutôt yang. Une phrase récurrente accompagne souvent le geste vous invitant à déguster tel ou tel spécialité : « 몸에 좋아요. » (« C’est bon pour le corps »). A force de se l’entendre répéter, le scepticisme inné de l’occidental type refait surface : « mais qu’est-ce qu’ils essayent de me vendre à la fin ? » Gare en effet à ne pas se laisser avoir par cet argument de vente infaillible. Il ne viendrait en effet jamais à l’esprit d’un coréen de manger quoi que ce soit qui n’ait aucun bénéfice thérapeutique avéré. Aussi mettent-ils toujours en avant les caractéristiques quasi-médicaux de leurs produits, censés justifier leur coût. Car si la santé n’a pas de prix, les bonnes choses, elles, en ont un :
- à commencer par le 송이버섯 (le « champignon des pinèdes », une espèce de lactaire) dont la saison s'achève, et qui a la particularité de ne pousser qu’au pied des conifères. Non cultivé, son prix dépend entièrement des aléas de sa cueillette en haute montagne (c’est un peu la truffe de la Corée, bien que les deux espèces n’ont rien à voir) et peut grimper jusqu’à 10 000 ₩ pour un pied de 20 cm. On trouve bien évidemment des champignons de pins moins chers, importés de Corée du Nord ou de Chine, mais les sud-coréens leur préfèrent le leur (de meilleur cru, paraît-il) reconnaissable à son stipe terreux. Quant à ses qualités nutritives, on le dit riche en protéines et on lui attribue les mêmes vertus que les algues, puissants dépuratifs sanguins. (Serait-ce donc des lactaires que Kim Jong-il aurait offert au président sud-coréen lors de leur récente rencontre ?) Les gourmets qui souhaitent goûter à cette spécialité ont jusqu’à aujourd’hui pour déguster le menu spécial pine mushroom au restaurant japonais Momoyama situé au 38ème étage de l’hôtel Lotte à Séoul.
- Le ginseng est aux coréens ce que le noni est aux polynésiens ; une plante un peu miraculeuse capable de
guérirprévenir tous les maux (ou presque). Pour ceux qui en douteraient encore, assénons une nouvelle fois l’incontestable vérité suivante : le meilleur ginseng au monde provient de Corée, et le meilleur ginseng coréen est cultivé sur l’île occidentale de Ganghwa dont le marché réservé exclusivement à la vente de cette racine vaut le coup d’œil. Inutile de rappeler les mérites de cette plante dont Agnès en parle déjà très bien, le ginseng (인삼 de son nom local) est ici vendu sous toutes les formes, confit ou en poudre (dans des sachets de thé), on en fait également de la liqueur. Il peut aussi se déguster cru, si l’on s’accommode de son amertume. Le packaging, doré à souhait, illustre la valeur de la racine, considérée comme un cadeau de luxe. Bien évidemment, plus la plante est âgée, plus elle est chère – il faut rentabiliser les 4 ans minimum nécessaires à sa croissance. Quant à sa maturité, elle est virtuellement incognoscible. Une racine sauvage de 260 ans aurait ainsi été découverte en Chine en 2006…
16 mai 2007
Croyances et superstitions
On a tous nos petits rituels pour attirer la chance ou éloigner le mauvais œil comme par exemple, éviter d’ouvrir un parapluie à l’intérieur, de présenter le pain la croûte à l’envers, de croiser le chemin d’un chat noir, etc. Les coréens ne font pas exception et collectionnent eux aussi les habitudes superstitieuses (sujet qui a déjà été brièvement abordé ici) :
- En Corée, on ne se coupe pas les ongles la nuit car une souris de passage pourrait venir ronger les résidus, ce qui lui permettrait alors de prendre notre apparence (!).
- On évite également de siffler la nuit pour ne pas attirer les fantômes, vraisemblablement charmés par ce genre de chuintements. Cette règle vaut également à l’abord des chantiers où les ouvriers sont exposés à de dangereux risques qu’un sifflotement nonchalant serait susceptible de matérialiser.
- Par ailleurs, écrire son nom à l’encre rouge est considéré comme un sacrilège car cette couleur est réservée à l’écriture du nom d’un défunt, menaçant donc de porter malheur aux vivants si ceux-ci se l’approprient.
- Pour mettre toutes les chances de son côté le jour d’un grand examen, on évite de se laver les cheveux car toutes les connaissances accumulées dans cette petite tête pourraient s’en aller avec le shampoing au rinçage. Il est également déconseillé de manger de 미역국 (soupe d’algues) parce que les algues, ça glisse et que l’on risque donc de se prendre une gamelle. C’est pourquoi on lui préfère le gâteau de riz gluant (찹쌀떡) ou encore, le bonbon traditionnel (엿) que les mamans collent religieusement sur la porte d’entrée des établissements scolaires où se déroulent les épreuves.
- Toujours en rapport avec la réussite académique, il est conseillé aux jeunes mamans de conserver le premier body de leur bébé car celui-ci pourrait jouer un rôle crucial le jour où leur enfant passera le fameux CSAT. En effet, nombre de lycéens partent plancher sur des pages de QCM avec, cousu dans la doublure de leur uniforme, le précieux porte-bonheur certes délavé et jauni par les ans, mais aux vertus grigri-esques avérées.
08 avril 2007
Dictons coréens (Deuxième partie)
빈수레가 요란하다. « Le chariot vide fait beaucoup de bruit. » Nombreux sont les équivalents en français. Citons Rivarol par exemple : « La plus mauvaise roue fait le plus de bruit. » Ou Montesquieu : « (…) moins on pense, plus on parle. » Ou encore, Rousseau : « Les gens qui savent peu parlent beaucoup, et les gens qui savent beaucoup parlent peu. » Et parmi les maximes populaires : ce sont les tonneaux vides qui font le plus de bruit ; qui parle beaucoup dit beaucoup de sottises ; entendre le bruit du moulin, mais ne pas voir la farine ; etc. Je suis tentée d’en rajouter mais je crois qu’on a compris le fond de ce dicton.
천리길도 한거름 부터. « (Parcourir) un chemin de mille lis*, en commençant par un pas. » La traduction littérale n’est pas très jolie mais ressemble de beaucoup à notre propre allégorie de la persévérance : Pas à pas, on va très loin. On peut également mentionner les proverbes suivants : petit à petit, l’oiseau fait son nid ; la goutte d’eau finit par creuser le roc ; la continuelle gouttière rompt la pierre ; et ainsi de suite.
* Le li est une ancienne unité coréenne mesurant la distance.
등잔 밑이 어둡다. « Il fait sombre sous le bougeoir. » Autrement dit, tel a beaux yeux qui ne voit goutte. Une expression que les coréens emploient dans le cas où quelqu’un est incapable de reconnaître une évidence qui pourtant saute aux yeux.
시작이 반이다. « Le commencement, c’est la moitié. » Un dicton véritablement universel car tout le monde s’accorde à dire qu’heureux commencement est la moitié de l’œuvre. J’ajouterai simplement qu’il n’y a que le premier pas qui coûte.
소잃고 외양간 고친다. « Perdre une vache puis réparer l’étable. » L'anglais possède une version très proche : It is too late to shut the stable door when the horse is stolen. Et par chez nous, que nous dicte la sagesse populaire à propos de paresse et de prévoyance ? Elle affirme que ce qui est fait n'est plus à faire et que mieux vaut prévenir que guérir. Et La Fontaine de renchérir avec sa fable Le Loup, la Chèvre et le Chevreau dont la morale se résume à deux suretés valent mieux qu’une.
27 janvier 2007
Dictons coréens (Première partie)
Proverbes et maximes sont souvent révélateurs de la sagesse populaire d’un pays, et la nature impérissable de leur pertinence atteste irréfutablement du fait que les anciens savaient de quoi ils parlaient.
Dans son livre Quand on parle du loup… (Larousse, « Le Souffle des Mots »), Patricia Vigerie conclue avec un tour du monde des expressions animalières. La Corée n'est pas oubliée et l'on découvre ainsi que les coréens peuvent obliger un âne à traverser l’eau mais pas à en boire. Il est aussi bon de savoir que quand les baleines se battent, les crevettes ont le dos brisé (ça marche aussi avec les requins et les écrevisses). Il faut également faire attention à l’écurie quand le cheval est perdu, et éviter de fouetter un cheval qui va aussi vite qu’il peut. En Occident, les murs peuvent avoir des oreilles mais en Corée, c’est l’oiseau qui entend ce qu’on dit dans la journée, et le rat ce qu’on dit la nuit.
Le chien n’est pas en reste dans ce florilège d’expressions. En revanche, s’il est entre deux monastères, il ne reçoit rien. On dit aussi que le chiot d’un jour ne craint pas le tigre. Vivant, il (le chiot) est d’ailleurs plus utile qu’un ministre mort. Ah, douce ignorance de la grenouille qui ne pense pas qu’elle vient d’un têtard ! Et que dire du bonheur du lièvre, roi dans la vallée où il n’y a pas de tigres ! On plaint en revanche ce pauvre taureau qui, ayant souffert du soleil, tremble à la vue de la lune…
03 octobre 2006
Dangun, le premier coréen
Aujourd’hui 3 octobre, Jour de Fondation, les coréens se rappellent leur ancêtre, le légendaire Dangun Wanggeom (Dangun le très respecté), qui aurait fondé la lignée du peuple coréen quelques 2 333 années av. J.-C.
En ces temps très reculés régnait sur les cieux le roi Hwanin. Il surprit un jour son fils Hwanung en pleine contemplation du monde terrestre, et son front soucieux l’interpella. Il s’en enquit auprès de Hwanung qui lui répondit que le sort des humains qui de jour en jour s’engluaient dans le mensonge et la fourberie lui importait, et il exprima son souhait de descendre sur terre les aider. A contrecœur mais rempli de fierté paternel, Hwanin lui accorda son souhait et l’envoya sur terre, plus précisément au sommet du mont Baekdu (que l’on appelait autrefois Taebaek), accompagné d’une escorte de 3 000 serviteurs. Avec l’aide de ses ministres des vents, des nuages et des pluies, Hwanung y fonda la cité de Sinsi (Cité Divine) et se mit en devoir d’éduquer le peuple et de lui enseigner les bases de l’agriculture et de la médecine.
Un beau jour, deux animaux, un tigre et un ours, se présentèrent devant Hwanung avec la requête suivante : ils souhaitaient devenir humains. Hwanung les mit en garde contre la difficulté de l’épreuve qu’il leur faudrait surmonter, mais face à leur obstination, il se décida à leur accorder chacun 20 gousses d’ail et de l’armoise (Artemisia capillaris) accompagnés des instructions suivantes :
« Priez aux Dieux pendant cent jours,
enfermés à l’abri de la lumière,
et nourrissez-vous de ces seuls aliments. »
Les deux animaux s’enfermèrent dans une grotte et l’épreuve débuta. Au bout d’une vingtaine de jours, le tigre n’en pouvant plus abandonna son rêve de devenir un homme et s’enfuit de la grotte. L’ours en revanche endura l’épreuve jusqu’au bout, et s'en trouva récompensé et transformé en une très belle femme. A sa sortie, Hwanung la baptisa Ungnyeo. Un nouveau souhait germa en elle, celui d’avoir un jour son propre enfant. Emu par ses prières, Hwanung l’épousa et quelque temps après, Ungnyeo accoucha d’un garçon que l’on le nomma Dangun. Il devait devenir le premier ancêtre du peuple coréen.
Après avoir hérité du trône de son père, Dangun fit construire la ville de Pyongyang qui devint la capitale de ce nouveau royaume, appelé Joseon. La légende, qui daterait du XIIIème siècle, raconte que Dangun le bien aimé (car toujours soucieux du bien-être de son peuple) se serait désincarné en dieu de la montagne à l’âge de… 1 908 ans.
D’un point de vue philosophique, il est intéressant de constater au travers ce mythe que l’idée d’une union « physique » entre le ciel (Hwanung) et la terre (l’ours devenue femme), entre le spirituel et le matériel, est considérée comme possible, voire naturelle. (On retrouve d’ailleurs ce concept harmonieux de l’équilibre dans la notion de Ying et de Yang). Que le fruit d’une telle union puisse être à l’origine du peuple de Corée est un indice quant à la perception que les coréens peuvent avoir de leur propre « lignage », souvent considérée (à raison ?) comme pur. Car aussi grandes que pussent avoir été les bénédictions du ciel à leur égard, ils ne leur vinrent aucunement l'idée de les dispenser au-delà de leurs frontières. Quoique… un certain Attila aurait fait des ravages en Europe, mais c’est une autre histoire…
02 juin 2006
Le Soleil et la Lune
Il était une fois, dans la montagne
une petite chaumière qui abritait une grand-mère
et ses deux petits enfants, un
garçon et une fille. Un jour, la grand-mère s’en alla travailler chez un riche
voisin et reçue, en récompense quelques gâteaux
de riz. En pensant à ses petits enfants qui devaient avoir faim, elle se
dépêcha de rentrer, transportant les gâteaux dans un panier sur sa tête. Au
détour d’un chemin, elle se trouva nez-à-nez avec un tigre qui lui demanda sans ambages :
- Grand-mère, que transportes-tu
sur la tête ?
- Quelques gâteaux de riz pour mes
petits enfants, répondit la grand-mère.
- Si tu m’en donne un, je ne te
ferais pas de mal, rugit le tigre.
La grand-mère lui donna donc un
gâteau puis reprit son chemin. Franchissant une colline, elle se retrouva à
nouveau face au tigre, qui l’avait devancé, sans toutefois le reconnaître.
- Que transportes-tu sur la
tête ? gronda-t-il.
- Quelques gâteaux de riz pour mes
petits enfants, répondit à nouveau la grand-mère.
- Si tu m’en donne un, je ne te
mangerais pas.
Un autre gâteau de riz disparu dans
le ventre de l’animal. Et il en fut ainsi jusqu’à ce que le panier fût vide. La grand-mère se retrouve une
nouvelle fois devant le tigre qui demanda :
- Grand-mère, qu’est-ce que tu as
de chaque côté qui pend ?
- Je n’ai rien d’autre que mes pauvres bras.
- Donne-m’en un et je
t’épargnerais.
La grand-mère du donc abandonner
son bras gauche au tigre, puis son bras droit. Puis, au détour d’un petit bois,
le tigre qui l’attendait lui pose encore la même question :
- Grand-mère, qu’elles sont ces
choses qui bougent sous toi ?
- Ah, ce ne sont que mes pauvres jambes. Tes amis m’ont pris
tout le reste.
- Donne-m’en une et je te laisse la
vie sauve.
- Mais comment pourrais-je rentrer
chez moi avec une seule jambe ?
- Tu n’auras qu’à sautiller.
La grand-mère accepta à contrecœur
de lui céder sa jambe droite, puis se remit en route péniblement. Au haut de la
colline suivante, le tigre bondit devant la pauvre femme en rugissant :
- Avec quoi sautes-tu ?
- Avec ma pauvre jambe gauche.
- Donne-la-moi ou je te
dévore ! menaça l’animal sans merci.
- Comment oses-tu me réclamer la
seule jambe qui me reste ? rétorqua la vieille femme. Je ne pourrais
jamais retourner chez moi ni revoir mes petits enfants.
- Tu pourrais toujours avancer en
rampant.
Et cela dit, le tigre avala la
jambe de la grand-mère. Néanmoins, elle poursuivit son chemin en rampant.
Arrivée au pied de la dernière colline, l’insatiable animal l’y attendait déjà.
- Grand-mère ! rugit-il, qu’as-tu
donc à m’offrir en échange de ta vie sauve ?
- Je n’ai rien du tout à t’offrir ! cria la vieille grand-mère,
désespérée.
D’un bond, le tigre fut sur elle et
avala ce qu’il en restait. Mais son appétit et sa convoitise étaient telles
qu’il ne put se contenter de ce seul repas. Sachant que les deux petits enfants
de la grand-mère l’attendaient, il se déguisa
avec les vêtements de sa malheureuse victime, puis suivi le chemin jusqu’à la chaumière.
Arrivé devant la maisonnette, il frappa la porte :
- Ouvrez-moi, les enfants !
Votre grand-mère est de retour.
Les enfants, se souvenant des
paroles de leur grand-mère à propos des dangereux
tigres, verrouillèrent la porte et répondirent :
- Non, ce n’est pas la voix de
notre grand-mère.
- C’est parce que j’ai fait sécher
de l’orge toute la journée et que j’ai passé mon temps à crier après les
oiseaux pour les faire fuir que j’ai la voix un peu rauque, rugit l’animal rusé.
- Alors grand-mère, passe ta main
sous la porte pour qu’on sache que c’est bien toi.
Ils virent la patte poilue et s’écrièrent :
- Mais ta main est toute couverte
de poils !
- J’ai eu froid alors j’ai enfilé
une paire de gants.
L’aîné eu l’idée de regarder dehors
par un petit trou dans la porte et vit alors qui souhaitait si ardemment
rentrez chez eux. Effrayé, et pris sa sœur par la main et tous deux s’enfuirent
par la porte de derrière. Pour se mettre à l’abri, ils grimpèrent à un arbre qui se dressait à côté du puits de leur jardin.
Au bout d’un long silence, le tigre
perdit patience et fracassa la porte. Trouvant la pièce vide, il laissa
échapper de féroces rugissements de colère et saccagea toute la maison. Il
arriva finalement près du puits dans lequel il remarqua soudain le reflet des deux enfants. Il ne put
s’empêcher de sourire.
- Alors mes petits, dois-je vous
remonter à l’aide d’un panier ou d’un sceau ?
Devant la crédulité du tigre, les
enfants ne purent s’empêcher d’éclater de rire.
Le tigre leva la tête et hurla :
- Dites-moi les enfants, comment
êtes-vous montés si haut ?
- Nous avons emprunté de l’huile de sésame à notre voisin et
l’avons étalé sur le tronc pour grimper plus facilement, répondirent-ils.
Le tigre eu beau faire, l’huile ne
rendit que le tronc glissant. Il se tourna à nouveau vers ses deux
proies :
- Mes trésors, vous êtes
formidables d’avoir réussi à grimper dans cet arbre sans l’aide de personne.
C’est un exploit tout à fait extraordinaire.
Les enfants, flattés, tomèrent dans le piège et répondirent :
- Nous avons emprunté la hache de
notre voisin et taillé des marches dans le tronc pour monter plus facilement.
Le tigre saisit la hache et se mit à tailler le tronc.
Horrifiés, les enfants se tournèrent alors vers le ciel et prièrent de toute
leur force :
- Oh Dieu du ciel, aidez-nous ! Si vous souhaitez nous sauver, envoyez-nous
une chaîne solide. Si vous souhaitez
nous abandonner, alors envoyez-nous une corde
pourrie.
Une longue chaîne apparue soudain
au dessus d’eux. Ils s’y accrochèrent et disparurent dans les cieux. Le tigre
arrive à son tour au sommet de l’arbre et se dit que s’il priait de la même
façon qu’il venait d’entendre les enfants prier, le Dieu du ciel allait
certainement lui envoyer une corde pourrie. Telle fut donc sa prière :
- Oh Dieu du ciel, si vous
souhaitez m’aider, envoyez-moi une corde
pourrie. Si vous souhaitez m’abandonner, envoyez-moi une solide chaîne.
Sa prière fut entendue et une corde
toute abimée apparue soudain au dessus du tigre. Ce dernier s’y accrocha mais
la corde se rompit et le tigre s’écrasa dans un champ de mil. Jusqu’à ce jour, on raconte que le millet porte
encore les tâches de sang du tigre.
Lorsque les enfants arrivèrent dans
les cieux, ils se présentèrent devant le Dieu céleste qui leur apprit que tous
ici avaient une tâche bien précise et qu’eux aussi devraient assumer une responsabilité. Il décida que le grand frère
devait briller toute la journée pour éclairer le monde, tandis que sa sœur
deviendrait l’astre de la nuit…



