Madame Choi

La Corée au quotidien...

06 novembre 2007

Le cadeau d’un roi à son peuple

En 2006, la Corée fêtait les 560 ans de son sejongalphabet, le 한글  (hangeul), une « invention » largement attribuée au roi Sejong (1397-1450) qui, selon certaines hypothèses en circulation, aurait redécouvert un ancien alphabet qu’il aurait ensuite mis à jour. Quel que soit le mystère qui entoure sa création, il est indéniable qu’une bonne dose de réflexion fut nécessaire à l’élaboration de ce que certains considèrent aujourd’hui comme le système d’écriture le plus scientifique au monde. Ce qu’il faut retenir, c’est que le hangeul est né de la volonté de son créateur d’une part, de démocratiser l’éducation et, d’autre part, de donner au pays son propre alphabet qui, jusque là, ne faisait usage que des 한자 (hanja, ou caractères chinois). Leur apprentissage étant à cette époque réservé à une élite, le peuple était majoritairement illettré. Malheureusement, ce beau cadeau ne fut pas au goût des érudits, offensés par la simplicité de cet alphabet. Il fut donc délaissé pendant plusieurs siècles et aurait sans doute sombré dans l'oubli si les femmes ne se l’étaient approprié, faute d’avoir accès à l’étude des caractères chinois. Encore aujourd’hui, les cours universitaires de calligraphie coréenne sont largement suivis par les filles tandis que les garçons leur préfèrent la calligraphie chinoise. Ne croyez pas pour autant que les hanjas aient complètement disparus de la circulation : on s’en sert encore bien souvent, notamment pour clarifier le sens d’une syllabe aux multiples homographes.

hunminClassé trésor national n° 70 en 1962, inscrit au programme de l’UNESCO Memory of the World depuis 1997, le 훈민정음 (Hunmin Jeongeum, « Sons Corrects pour Instruire le Peuple ») est le premier texte officiel a avoir été écrit à l’aide du hangeul. Il fut en partie rédigé par le roi Sejong en personne qui y commente le nouvel alphabet lettre par lettre, alors au nombre de 28 contre 24 aujourd’hui. En 1940, on fit la découverte d’une postface explicative qui vint compléter le document original, renommé 훈민정음해례 (Hunmin Jeongeum Haerye), et présentement conservé au musée de Gansong à Séoul. Quant au bon roi Sejong, les coréens gardent précieusement son souvenir dans leur cœur et son image, dans leur portefeuille, sous la forme de billets de 10 000 ₩.

En illustration, un exemple de calligraphie coréenne :

precepte
Quelque soit ce qui (nous) arrive

Si l’on fait de son mieux
Rien n’est impossible
(précepte familial)
Artiste : Lee Joon Yeon

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15 juillet 2007

Une affaire en suspens

ganghwaIls sont apparus par une belle journée de septembre 1866, d’étranges bâtiments aux voiles blanches crachant de la vapeur, manœuvrés par des hommes tout aussi singuliers, aux cheveux clairs et aux grands yeux, affublés d’accoutrements colorés et s’exprimant dans une langue aux intonations rocailleuses. Les curieux se pressent sur les berges, à l’embouchure du fleuve Han. Hommes, femmes, enfants, tous de blanc vêtus, observent ces embarcations insolites qui remontent lentement le fleuve, en direction de la capitale. Ces badauds ignorent que ces marins français viennent de traverser la mer jaune pour une mission de repérage des fonds fluviaux en prévision d’une invasion ultérieure. Il s’agit en effet de venger le martyr de neuf missionnaires français en faisant de la péninsule rien moins qu’une nouvelle colonie de l’Empire. A l’approche de Séoul ont soudain lieu quelques échanges de flèches et de boulets. Les canonnières ont rapidement le dessus et les français repartent sans dommage.

Un mois plus tard, l’expédition – militaire cette fois –, menée par le contre-amiral Roze (1812-1882), est de retour. L’île de Ganghwa, qui n’avait pas connu d’invasion depuis celles des mandchous, deux siècles auparavant, n’est pas armée ni suffisamment fortifiée pour faire face à l’assaut. Elle est investie par les troupes françaises le 16 octobre. Les pourparlers avec le régent Heungseon (qui traitait au nom du roi Gojong, alors âgé de 14 ans) ne donnant aucun résultat, les français firent plusieurs vaines tentatives pour avancer dans les terres ; mais la défense contre l’envahisseur occidental s’était entre-temps organisée. Se rendant à l’évidence que la France, qui n’avait nullement mandatée cette « invasion », n’avait pas l’intention d’envoyer de renfort, Roze et sa flotte évacuent Ganghwa le 11 novembre, non sans avoir piller la bibliothèque de l’île où se trouvait notamment entreposées de nombreuses archives royales consacrées à l’étiquette de la cour. Au moment du départ, les français mettent le feu à tout ce qui n’a pu être embarqué et abandonnent quelques pièces d’artillerie, exposés aujourd’hui dans l’enceinte des fortifications qui ont depuis été reconstruites. lemonde

Premier conflit de l’histoire opposant les coréens aux occidentaux, cet « incident » – baptisé 병인양요 (crise occidentale de l’an byeong-in) par les coréens – n’est à ce jour toujours pas résolu. En effet, exhumés des archives de la Bibliothèque Nationale il y a quelques années par cette chère Madame Byeng-sen Park, les ouvrages pillés n’ont pas été restitués à la Corée (sauf un, carotte de Mitterand pour décrocher un contrat juteux), qui les réclame à coups de publicité dans les pages d’un grand quotidien national. Quant à l’île, elle accueille désormais de nombreux visiteurs, venus pour beaucoup faire le plein de ginseng (mais c’est une autre histoire…).


[ Récit plus détaillé de cette occupation française ici ; témoignage (édifiant) d’un mécanicien de bord . ]

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01 mars 2007

Mouvement du premier mars

Jour férié national, le 1er mars en Corée commémore une grande marche pacifique sur Séoul ainsi que dans de nombreuses villes de provinces qui eut lieu en 1919, suivant le décès de l’ex-empereur Gojong (1852-1919) survenu le 21 janvier de la même année. La Corée est alors, depuis 9 ans, l’équivalent d’une province japonaise qui la gouverne par le biais du Gouvernement Général de Choson, instauré suite à la signature du Traité d’Annexion du 22 août 1910.

yugwansunLe soulèvement indépendantiste, baptisé par la suite 삼일절 (mouvement du premier mars), fut sévèrement réprimé par les japonais dont les représailles firent quelques 7 500 victimes cette année-là. Parmi ces premiers martyrs de la colonisation japonaise, les coréens ont conservé bien vivant le souvenir de la jeune YU Gwan-sun (1902-1920), torturée à mort pour avoir encouragé plusieurs villages à se mobiliser pour l’indépendance et la libération du pays en ce jour plein d’espoir…

Autre figure du mouvement du premier mars, le moine bouddhiste et poète HAN Yong-un (1879-1944), Manhae de son nom de plume, qui compte parmi les nombreux intellectuels instigateurs de la marche et dont voici un court poème (pardonnez la traduction hâtive) :

꿈이라면
사랑의 속박이 꿈이라면
출세(出世)의 해탈도 꿈입니다.
웃음과 눈물이 꿈이라면
무심의 광명도 꿈입니다.
一切萬法이 꿈이라면
사랑의 꿈에서 불멸(不滅)을 얻겠습니다.

Si c’est un rêve     
Si le joug de l’amour est un rêve
Alors l’affranchissement de la réussite l’est aussi.
Si les rires et les larmes sont des rêves
Alors la clarté de l’innocence l’est aussi.
Si toutes les lois de l’univers* sont des rêves,
Alors en rêve, l’amour conquerra l’immortalité.

* traduction approximative de la notion purement bouddhique de « 一切萬法 » (일체만법) qui, mot pour mot, signifie « totalité des multitudes de lois » (sous-entendu, qui régissent l’univers). Mais Madame Choi n’oserait prétendre être suffisamment qualifiée pour extrapoler.

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14 août 2006

Devoir de mémoire

A la veille de l’impopulaire visite annuelle du premier ministre japonais, Monsieur Junichiro Koizumi, au sanctuaire Yasukuni, en mémoire des combattants japonais morts au cours de la seconde guerre mondiale (dont 14 officiers reconnus criminels de guerre, consacrés en tant que « martyrs de Showa »), les associations et particuliers se mobilisent pour manifester leur désaccord face à ce que certains qualifient de « grave violation des droits humains, culturels et religieux (…) ».yasukuni

Il y a tout d’abord le dérangeant choix de cette date du 15 août, date à laquelle, il y a 61 ans, capitulait le Japon face aux alliés. La veille, l’empereur Hirohito annonçait à son peuple, par le biais de Radio Tokyo, sa décision de se rendre afin de « restaurer la paix et faire cesser la terrible menace qui pèse sur le peuple japonais. » Celui-ci venait en effet de subir les deux premières attaques nucléaires de toute l’histoire humaine. Rares sont les pays commémorant ainsi leurs échecs militaires. Et pourtant, Koizumi est le troisième Premier ministre japonais à rendre officiellement visite au Yasakuni Jinja (qui se traduit littéralement par « sanctuaire de nation en paix »).

Pour les pays victimes de l’expansionnisme militaire du Japon (et en Asie, ils sont nombreux), honorer ces martyrs criminels revient à cautionner les antécédents militaristes de cette ancienne puissance impériale et oppressive. Fort heureusement, certains japonais commencent à adresser leur passé sous un nouvel angle, à l’image de cette déclaration de Ken Watanabe, qui affirme que la première étape vers une meilleure compréhension de son histoire passe par l’acceptation de celle-ci. L’Allemagne a reconnu sa dette. Le Japon doit à son tour affronter ses fantômes et prendre enfin ses responsabilités avant de ne s’aliéner les dernières sympathies qui lui restent encore en Asie.

Dans les médias coréens : The Korea Times (EN)

La réponse de M. Koizumi : Cyberpresse

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28 juillet 2006

Les points sur les i

Parlons d’histoire, et d’imprimerie. Gutenberg devait certes avoir été un homme très compétent, mais à ce jour, le premier livre dans l’histoire de l’homme à avoir été imprimé à l’aide de caractères mobiles métalliques n’est pas sa fameuse bible, contrairement à ce que l’on peut encore lire dans de récentes publications. Voici (pour cause de paresse) l’extrait d’un courrier envoyé ce jour à Monsieur Léon Mercadet, écrivain et journaliste :

(…) Je souhaitais vous exprimer le plaisir que j’ai eu à lire votre Culture Confiture, qui abonde en anecdotes historiques parfois dramatiques, souvent farfelues, toujours passionnantes. Toutefois, parmi le florilège de faits avérés, je suis tombée sur la phrase suivante (dans le chapitre « Plus de traces des premiers sillons ») :

« Nous connaissons le premier livre imprimé, en 1450, la Bible de Gutenberg. »

Bien que cela ne remette votre chapitre en cause, cette « vérité » énoncée ci-dessus et qui nous a été rabâchée depuis la petite école n’est plus. Publié en 2003, votre livre aurait pu prendre en compte un évènement historique datant de juin 2001. Il s’agit de l’inscription au programme de l'UNESCO « Memory of the World » (FR) de l’ouvrage suivant : Jikji Simche YojeolIdentification de l’esprit du Bouddha par la pratique du zen »), désormais reconnu comme étant le premier livre à avoir été imprimé à l’aide de caractères mobiles métalliques. Datant de juillet 1377, il précède de 73 années la fameuse Bible de l’ingénieux Gutenberg.

JikjiRapporté de Corée par le Chargé d’Affaires à l’Ambassade de France de Séoul en 1887, M. Collin de Plancy, également fervent collectionneur, cet ouvrage fut présenté à l’Exposition Universelle de Paris en 1900 avant de tomber dans l’oubli pendant 72 longues années. C’est alors qu’il est exhumé des archives poussiéreuses de la Bibliothèque Nationale de France pour être à nouveau dévoilé au public dans le cadre de l’exposition « Livre. » Il a depuis été expertisé et réhabilité, dans la plus grande indifférence générale. Toutefois, j’ose espérer que le chapitre « histoire de l’imprimerie » de nos livres scolaires sera prochainement mis à jour en tenant compte de cette récente et passionnante découverte, que nous devons au travail de Madame Byeng-sen Park et dont je recommande le livre, Histoire de l’imprimerie coréenne (des origines à 1910) fort bien documenté.

Peut-être cette anecdote mériterait-elle un chapitre à elle seule dans une future édition de Culture Confiture ?

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05 juillet 2006

Le temps des... missiles

La Corée du Nord, seul pays au monde à narguer de sa superbe les puissants Etats-Unis (et leurs alliés par la même occasion), n’en font décidément qu’à leur tête. Pas moins de 6 missiles ont été tirés ce matin, dans le cadre de soi-disant essais. Cela n’est pas sans rappeler les essais nucléaires conduits dans le Pacifique par le Président Jacques Chirac au début de son premier mandant, en 1995, et les protestations de l’opinion publique internationale qui s’en était alors grandement émue. Seulement voilà, la France n’est pas la Corée du Nord. Pour avoir une idée de l’isolement dans lequel se trouve actuellement cette république populaire établie dès 1945, il faut se rappeler des quarante ans d’occupation japonaise qui ont pris fin avec la Seconde Guerre Mondiale et la défaite du Japon contre les alliés. L’indépendance de la Corée avait alors été proclamée. Malheureusement, une coutume arriérée selon laquelle les vainqueurs ont droit de faire main basse sur le butincoreedunord de guerre – en l’occurrence, la péninsule coréenne – fait que celle-ci se retrouve partagée au 38° parallèle entre les soviétiques et les américains. Sous couvert de protectorat, la Corée ne devient ni plus ni moins qu’une colonie moderne. C’est à ce moment là que l’ONU manqua à ses devoirs en laissant les américains commettre l’irréparable (et je cite un article du Wikipédia à ce sujet, fort bien écrit) :

« Les États-Unis […] suppriment les comités de libération nationale, et maintiennent les fonctionnaires japonais et coréens de l'administration impériale japonaise, tout en confiant le maintien de l'ordre à la police japonaise. Contrairement à la Corée du Nord, la Corée du Sud n'a ainsi pas conduit d'épuration des collaborateurs pro-japonais de la nouvelle administration sud-coréenne. »

Autrement dit, c’est comme si le Régime de Vichy secondé par les allemands se serait retrouvé à gouverner la France après la Libération et que les résistants se seraient barricadés au Nord de la Seine ! Une aberration qui laisse comme un goût d’amertume dans la bouche des sud-coréens, de plus en plus nombreux à regretter une situation aujourd’hui irrévocable. Et pour couronner le tout, les livres scolaires japonais passent cette colonisation sous silence, effleurant à peine le sujet et sous-entendant que leur pays serait venu apporter la civilisation au peuple coréen. Aussi impensable que l’occultation des camps de concentrations dans nos leçons d’histoire, par exemple. Et pourtant…

Posté par madamechoi à 17:25 - Un peu d'Histoire - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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