05 août 2009
엄마 안티카페 – Forum Anti-Maman, la goutte d’eau…?
Madame Choi s’est souvent demandé, en croisant dans les rues de son quartier des écoliers rentrant de leurs cours du soir à pas d’heure, si tout ce temps passé à étudier contribuerait un jour au bonheur de cette nouvelle génération perfusée d’esprit de compétition.
Loin d’éprouver de la gratitude envers leurs parents prêts à faire de nombreux sacrifices pour assurer la meilleure éducation à leurs enfants, ceux-ci semblent plutôt nourrir un ressentiment grandissant, comme l’illustre ce forum anti-maman, créé sur Internet par une adolescente, et qui a dernièrement fait couler beaucoup d’encre. En effet, peu de temps après sa création, le forum s’est rapidement rempli de nombreux messages d’élèves venus dénoncer ce joug matriarcal dont ils ne peuvent se soustraire. Certes, épancher son fiel peut parfois s’avérer thérapeutique, mais l’agressivité des commentaires fut telle qu’elle suscita bientôt de nombreuses réactions de la part des internautes, venus soit exprimer leur sympathie ou bien critiquer ce manque de déférence vis-à-vis de l’autorité parentale.
Si le forum en question est aujourd’hui fermé, il a au moins eu le mérite d’engranger un vrai débat sur les raisons de la détérioration des rapports familiaux dans la société actuelle, et la part de responsabilité de cette fièvre de l’éducation dont semblent atteinte la grande majorité des mères de famille coréennes. Un internaute remarquait d’ailleurs assez justement que l’éducation d’aujourd’hui, « c'est la guerre par procuration entre les mamans. »
D’après ce billet de Kim Hyejin
A ceux qui souhaiteraient se faire une idée du profil type de la maman coréenne, je suggère la lecture du blog de Chiyo, Stuff Korean Moms Like, à prendre au second degré (enfin, je crois !)
20 mars 2008
Les 6 clés de la réussite made in Korea
Faute d’avoir eu le temps de le commenter plus tôt, le sondage (mené par le quotidien Kyunghyang Shinmun) dont il est ici question date un peu (novembre de l’année dernière) mais je doute qu’en l’espace de 4 mois, l’état des mentalités dont il est le reflet ait beaucoup changé. Interrogés sur les « qualités » essentielles à toute réussite sociale, la majorité des coréens a répondu en premier lieu :
le prestige de l’université d’où l’on est diplômé, ce qui réaffirme le règne tout puissant des trois grandes Ivy League Schools coréennes à savoir Seoul National University, Korea University et Yonsei University, connus aussi sous le sigle SKY ; malheureusement pour les lycéens qui aspirent à y entrer, les places sont chères…
en seconde position arrive – dans la suite logique de la première réponse – les « connexions » aussi qualifiées de « réseau » que l’on se construit au fil des rencontres, les liens les plus étroits étant souvent ceux créés durant les années scolaires ou universitaires, comme l’illustre l’usage très courant des termes 후배 et 선배 qui désignent respectivement les camarades d’école plus jeunes et plus âgés. Si l’on n’est pas entièrement convaincu, il suffit d’observer d’un peu plus près le profil des ministres dont Lee Myung-bak a choisi de s’entourer et qui sont majoritairement des anciens élèves de 고려대, d’où est également diplômé le président coréen ;
le troisième facteur nécessaire à la réussite serait… l’argent ! Il est vrai qu’en Corée, une éducation de qualité requiert un porte-monnaie bien garni. Autrement dit, les parents doivent déjà avoir une bonne situation pour que les enfants puissent espérer réussir dans la vie ; une règle bien injuste envers tous ceux qui ne sont pas nés avec « une cuillère d’argent dans la bouche »…
d’où le quatrième point qui met en exergue la situation des parents ; lorsque l’on annonce à ceux-ci que l’on souhaite leur présenter quelqu’un, ne rétorquent-ils pas systématiquement « et ses parents, que font-ils ? » ? En tout cas, cela semble être souvent le cas en Corée.
Pour espérer avoir du succès dans sa carrière, quelle qu’elle soit, il faut également être non pas intelligent, créatif ou passionné mais… agréable à regarder ! L’importance que l’on accorde ici au physique explique pourquoi les coréens faut autant appel à la chirurgie esthétique, comme le résume cet article.
Enfin, last but not least, le don pour l’esbroufe est également considéré comme indispensable à toute aspiration ambitieuse. En revanche, l’honnêteté – une vertu plutôt populaire partout ailleurs dans le monde – ne récolte qu’un maigre 1,97%.
En résumé, les chances pour un coréen autodidacte, moche et pauvre, de réussir dans la vie sont quasiment nulles. Ce constat affolant pourrait presque disculper mademoiselle Shin dont les actions semblent pour ainsi dire justifiées par les pressions d’une société qui s’obstine à octroyer toujours plus d’importance au superflu, et se complait dans le cercle vicieux qui tient impitoyablement à l’écart tous ceux qui n’entrent pas dans le moule de sa conception de la perfection.
(Source : The Star)
16 novembre 2006
Pensées du jour
En ce jour de libations célébration du Beaujolais nouveau, ayons une petite pensée pour :
- les centaines de milliers de lycéens coréens qui ont passé ce jour leur CSAT (College Scholastic Ability Test ou 대학수학능력시험), un examen dont leur avenir dépend, car déterminant pour être admis au
cielSKY (comprendre Seoul National University, Koryo University et Yonsei University, l’équivalent coréen de l’Ivy League). Ceux dont les résultats ne sont pas satisfaisants le retenteront l’année suivante ;
- les milliers de couples qui cherchent encore vainement à booker un wedding hall* quelconque pour célébrer leur mariage en cette année bénie du double printemps (쌍춘년) qui promet donc deux fois plus de bonheur aux jeunes mariés. Le calendrier lunaire compte en effet cette année 385 jours au lieu des 350 et quelques jours habituels. La pression est d’autant plus grande que 2007 a été identifiée comme l’année de la veuve (gloups) ;

- les innombrables femmes qui tentent désespérément de tomber enceinte pour accoucher en 2007, l’année du cochon
d’orde feu (황 금돼지), un évènement qui n’a lieu que tous les 60 ans [et non pas tous les 600 ans, comme on me l'avait d'abord soufflé]. En général, les natifs de l’année du cochon sont particulièrement aimés par leurs proches et bénéficient d’une « vieillesse dorée. » Alors si en plus, ce cochon-là estd’orde feu…
A tout ce petit monde-là, Madame Choi lève bien haut son verre.
* lieu conçu et réservé exclusivement à la célébration des mariages (banquet au buffet pas bon inclus)
07 octobre 2006
De la nécessité de faire des bébés
Le mois dernier, dans un articlé titré sans détour « La Corée a besoin d’enfants » (merci Christophe !), Libération illustrait l’engagement du gouvernent sud-coréen dans une nouvelle politique de natalité par l’image d’une publicité mettant en scène une famille de deux enfants. Un petit coup d’œil au CIA World Fact book nous confirme que l’estimation pour 2006 du taux de natalité est de 1,27 enfant par femme, positionnant la Corée du Sud en 215ème position sur une liste de 226 pays. Sachant que le seuil de renouvellement des générations s'élève à 2,1 enfants par femme, on comprend que le pays est en pleine crise de vieillissement. On peut tout d’abord arguer le coût de l’éducation, exorbitant si l’on considère qu’en plus de la scolarité « de base », les élèves sont généralement inscrits à plusieurs cours non pas de rattrapage mais d’approfondissement dans des instituts privés aux tarifs conformément élevés. Il n’est d’ailleurs pas rare de croiser à 9 heures du soir dans les rues de Séoul de jeunes enfants en uniforme scolaire, cartables sur le dos, rentrant chez eux après leurs dernières classes. Le système de retraite étant quasi virtuel, les parents semblent « investir » dans leur progéniture qui, si proprement éduquée et compétitive, pourra les prendre à charge au moment voulu. D’ailleurs, tous ces parents n’ont-ils pas été eux-mêmes élevés selon l’adage « 하나만 나아 잘 기르자 » (n’ayons qu’un seul enfant, mais que nous allons bien éduquer). Car en plus d’être une question de forme, le fond semble être également en cause.
En effet, au vue des corrections que le Ministère de l’Education souhaite apporter aux manuels scolaires, ce sont bien les mentalités que le gouvernement s’est mis en devoir de faire évoluer. Voici à titre d’exemple un échantillon des phrases qui vont être supprimées de ces livres d’école :
« Une mère qui travaille ne s’occupe pas des tâches ménagères,
alors la maison est en désordre. »
« Une énorme croissance de la population est la cause de nombreux problèmes tels que la destruction de l’environnement. »
« Dans une société qui vieillit, la population en hausse est celle des personnes âgées et malades, qui deviennent un fardeau social. »
Ces stéréotypes balayés, le prochain défi à relever sera de concilier dans un même message aux jeunes filles la nécessité de poursuivre une carrière tout en ayant beaucoup d’enfants. Deux notions antinomiques que le gouvernement, dont on applaudit la bonne volonté, devra sans doute accompagner de mesures sociales en cohérence avec son ambition, telles que la mise en place de congés maternité ou encore, la formation de nourrices agréées, un métier quasi inexistant dans un pays où l’on n’a pas pour habitude de confier son enfant à autrui. Bref, une révolution est en cours…

