Les coréens sont tous, par défaut, généalogistes. En effet, chaque famille tient à jour une généalogie détaillé de leur lignage, remontant jusqu’à l’ancêtre fondateur de la lignée. Prenons l’exemple de la famille Choi (qui m’est familière) de Gangnung (une ville côtière de l’Est.) Cette précision est de taille car elle permet de se différencier des autres Choi aux origines géographiquement distinctes. Commençons tout d’abord par un peu d’histoire. Le premier ancêtre Choi aurait été un proche du roi Wang Kon, vainqueur des guerres qui divisaient alors le pays, et qu’il réunifia sous le nom de Koryo (ou Coryo pour les puristes) en… 918 ! L’arbre généalogique des Choi recouvre donc plus de mille ans et représente à ce jour deux tomes relativement épais. Dans cette société profondément patriarcale, le lignage en Corée ne se transmet que par les fils, les filles partant rejoindre, une fois mariées, la famille (et donc la lignée) de leur époux. Aussi, l’arbre ne suit que les descendants mâles de la famille, même si épouses et filles sont identiquement mentionnées.

Il faut également savoir que le prénom coréen se comporte en général de deux caractères monosyllabiques qui ont chacun une signification propre. Or, de ces deux caractères, l’un est déjà prédéterminé par des règles ancestrales et diffère pour chaque génération. Prenons l’exemple de la 36ème génération des Choi : tous les fils portent obligatoirement dans leur prénom la syllabe « Soon » en deuxième position. Le prénom des filles n’est pas concerné (pour la raison mentionnée plus haut.) Quant aux pères (35ème génération), ils portaient tous la syllabe « Seung ». Et ainsi de suite en remontant ou en descendant, d’ailleurs, car les descendances futures ont déjà leurs caractères figés dans les précieux cahiers de famille.

Revenons maintenant au propos de notre histoire : une simple visite à la mairie et le monsieur d’une quarantaine d’année qui nous reçoit de s’interroger :

- Choi ? De Gangnung ?
- Oui, en effet.
- Moi de même !

Et après quelques rapides vérifications de prénoms, il s’avère qu’il n’est autre qu’un arrière-arrière-grand oncle (de la 33ème génération donc), son fils portant le même monosyllabe que notre grand-père…