11 janvier 2008
Il était une fois une Ida au Pays du Matin Calme
C’est d’abord l’histoire d’une rencontre, celle de deux êtres aux cultures diamétralement opposées : d’un côté, l’héritière d’un épicurisme à la Brillat-Savarin et de l’autre, le descendant de Confucius. Ida le dit elle-même : « Marier une Française à un Coréen, c’est un peu, dans l’absolu, marier l’eau et le feu… » Mais c’est fou, tout ce que l’on peut endurer par amour. Ecrit sur le ton de la sincérité avec une plume très vive qui donne l’impression d’être assis en face de notre auteure en train de l’écouter nous raconter son conte de fée (car c’en est bien un), ce récit met en scène les personnages classiques que sont : le prince charmant et son sourire à tomber, la marâtre qui ne jure que par les traditions, l’innocente bergère normande qui gardait ses moutons… (enfin, pas vraiment mais vous voyez le tableau). Il ne manque que la marraine qui aurait pu, d’un coup de baguette magique, rendre la vie d’Ida plus facile. A sa place, l’omniprésent Confucius et sa redoutable influence sur les comportements des coréens, et qui est pour beaucoup responsable du sort parfois peu enviable des femmes mariées coréennes.
Chaque chapitre débute par un proverbe coréen qui donne un petit aperçu de ce qui nous attend (ce qui devrait plaire à Maman Fabien). Bien qu’Ida traduise et explique avec impartialité ces petits fragments de sagesse, elle n’est pas pour autant toujours d’accord avec ceux-ci et le fait bien savoir. Sans porter de jugement dogmatique sur la société coréenne, elle aborde toutefois sans tabou les différents problèmes que sont la « fièvre de l’éducation, » l’engouement frénétique pour la chirurgie esthétique, le racisme ambiant etc. qui se reflète dans ses propres expériences. Millénaire par son histoire mais toute jeune face à une mondialisation qui l’a rattrapée à son insu, la Corée se cherche une nouvelle identité contemporaine. D’où parfois ses quelques égarements qui, on l’espère, seront vite corrigés.
Débarquée sur cette lointaine péninsule au début des années 90, Ida est aux premières loges pour témoigner des bouleversements rapides qui agitent la société coréenne, et qu’elle illustre d’anecdotes personnelles. On suit avec enthousiasme son aventure télévisuelle et sa popularité grandissante auprès du public coréen. On s’émeut à son récit des sacrifices de ce peuple qui s’est mobilisé d’un seul homme pour faire face à la crise monétaire de 1997. On sourit des péripéties du voyage de ses parents qui font la découverte d’une hospitalité chaleureuse mais parfois trop empressée à leur goût. De la vie d’Ida, on pourrait faire un drama. (Mais que dis-je, c’est déjà fait !) Souhaitons-lui donc encore de longues années heureuses en Corée et un nouveau livre dans 10 ans, pour nous divertir de ses nouvelles aventures en tant qu’ajuma* !
* Ajuma : titre des femmes mariées en Corée
25 juillet 2007
Chronique d’un voyage en enfer
Je remercie Odile d’avoir attiré mon attention sur cet article troublant. Vivre un cauchemar sans le savoir… le malheureux Shin Dong Hyok avoue parfois souhaiter ne s’être jamais réveillé. C’est dire à quel point il vient de loin. Au fur et à mesure des défections, les témoignages de transfuges en provenance du Nord contribuent à affiner la vision que l’on peut avoir de cet état si médiatique et tellement secret à la fois. Les doutes se dissipent. Les soupçons se confirment : l’empire de Kim Jong-Il semble s’être coincé dans une faille temporelle où certaines pratiques de torture que l’on qualifierait par chez nous de moyenâgeuses sont affreusement contemporaines. Tandis que son allié voisin – la Chine – s’est depuis plusieurs années résolument engagé sur le chemin de la mondialisation sans état d’âme, la Corée du Nord parait se retrancher chaque année un peu plus derrière ses barbelés, trop fière pour avouer ses crimes (mais pas assez pour refuser l’aide humanitaire du Sud.)
Ceux qui souhaitent se faire une idée plus précise de la vie quotidienne des coréens au-delà du 38° parallèle à 60 Km au nord de Séoul, trouveront le livre de Kang Chol-Hwan très instructif. Né en Corée du Nord d’une famille aisée d’ex-résidents au Japon venue s’installer dans ce paradis communiste, il raconte sa jeunesse heureuse à Pyongyang, jusqu’au jour de la « disparition » de son grand-père. Les choses rapidement se gâtent. Chol-Hwan n’a pas 10 ans lorsqu’il est envoyé avec sa petite sœur, sa grand-mère et son père dans le camp de Yodok y faire l’expérience de la faim, de la violence, de la délation et de la mort. Pendant que Madame Choi traversait tant bien que mal sa crise d’adolescence, Chol-Hwan était de corvée funéraire, obligé de transporter et d’enterrer les morts du jour, non sans les avoir dépouillés de leur vêtements et chaussures, denrées précieuses à Yodok où il manque de tout. Lorsque enfin, il en sort, Chol-Hwan a 19 ans. Débute alors un nouveau voyage, celui qui mène quelques rares chanceux à la liberté pour laquelle nombreux vont jusqu’à payer de leur vie. Avec le recul et un regard critique qui s’est depuis aiguisé, l’auteur souligne les anomalies de ce système répressif corrompu jusqu’à la moelle :
« Ce régime qui ne cesse de dénoncer le capitalisme a développé un type de société où l’argent est roi, plus encore que dans une société capitaliste. »
Autrement dit, grâce aux devises étrangères qui leur parviennent, du Japon essentiellement (où résident leurs proches), les nord-coréens « riches » peuvent espérer mener une vie correcte. Les autres doivent se contenter d’un quotidien chaque jour plus pénible et misérable. On est bien loin de toute idéologie communautaire…
Kang Chol-Hwan
Robert Laffont (2000)
16 juin 2007
Introduction au Baduk
« Le Baduk (바둑) peut s’apprendre en quelques minutes,
mais cela peut prendre toute une vie pour maîtriser le jeu. »
Et pourtant, malgré l’apparente simplicité des règles de ce jeu hautement stratégique (plus connu par chez nous sous son appellation japonaise de jeu de Go), il manquait cruellement de manuels à destination des joueurs débutants. Tel fut le constat dressé par NAM Chihyung, joueuse de Baduk depuis l’âge de 10 ans et professeur de Baduk à l’université de Myongji (car cette discipline fait l’objet de cursus universitaires), lorsqu’elle fut contactée par le Korea Times pour rédiger une colonne destinée à couvrir le sujet. Le résultat de ces publications est aujourd’hui disponible sous forme de livre regroupant les notions de base du jeu en 56 leçons concises et illustrées, agrémentées d’informations relatives à cet art « scientifique » et à sa pratique. Saviez-vous par exemple que le Baduk, d’origine chinoise, a plus de 2 500 ans d’existence ? Que le tablier sur lequel on place ses pierres, n’est pas carré mais légèrement rectangulaire ? Qu’habituellement, les pierres noires sont attribuées au joueur le joueur moins fort ?
L’auteur, généreuse en proverbes et anecdotes, nous confie notamment les petites manies et autres « mauvaises habitudes » des plus grands joueurs de Baduk (qui vont du simple marmonnement aux ablutions rituelles en cours de partie, en passant par le recours au baume du tigre, destiné à stimuler une concentration défaillante), et consacre également un chapitre à l’étiquette du jeu, empreinte de solennité et de respect. Accessoirement, on apprendra à jouer au Baduk, et l’on pourra, dès la leçon 4, mettre en pratique les premiers cours avec le capturing game durant lequel on s’entraînera à profiter d’une situation Atari en ôtant à une pierre adverse sa dernière liberté (ça a l’air tout simple, dit comme ça…).
Baduk, Made Fun and Easy (2006)
de Chihyung NAM
Aux éditions EunHaeng NaMu
Avis aux éditeurs francophones de passage sur ce blog (sait-on jamais) : mademoiselle NAM, cherche à publier son livre en France (et en français). Elle est également l’auteur de Jungsuk In Our Time (2000) et Contemporary Go Terms (2005).


